Contes et légendes

Quel est l’un des plus anciens contes littéraires égyptiens conservés ?

La réponse

Le Conte des deux frères est l’un des plus anciens contes littéraires égyptiens conservés. Il est connu par le papyrus d’Orbiney et date d’environ 1200 av. J.-C., à l’époque ramesside. L’histoire met en scène des thèmes comme la jalousie et la magie.

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Dans l’histoire de la littérature de l’Égypte ancienne, Le Conte des deux frères occupe une place particulière : il s’agit de l’un des plus anciens contes littéraires égyptiens conservés. Le récit est connu par le papyrus d’Orbiney, un manuscrit daté d’environ 1200 av. J.-C., sous la XIXe dynastie, durant l’époque ramesside. Il met en scène Bata et Anpu, deux frères confrontés à une accusation mensongère, à la jalousie, à la rupture et à une succession d’événements surnaturels.

Le papyrus d’Orbiney

Le Conte des deux frères nous est principalement connu par le papyrus d’Orbiney, aujourd’hui conservé au British Museum. La copie qui a transmis le récit est généralement datée de la période ramesside, autour de 1200 av. J.-C. Elle est rédigée en hiératique, une écriture cursive largement employée dans l’Égypte ancienne pour les documents administratifs, religieux et littéraires. Le papyrus d’Orbiney ne doit pas être confondu avec le papyrus Anastasi I : ce dernier est un autre manuscrit, qui ne constitue pas la source de ce conte. La datation concerne le document conservé ; comme pour de nombreux textes anciens, l’histoire a pu connaître une transmission antérieure, mais celle-ci ne peut pas être établie avec certitude à partir du seul manuscrit.

Une accusation au cœur de l’intrigue

Le récit commence avec deux frères, Anpu, l’aîné, et Bata, le plus jeune, qui vivent et travaillent ensemble. Leur relation est bouleversée lorsque l’épouse d’Anpu tente de séduire Bata. Celui-ci refuse ses avances, mais elle l’accuse ensuite auprès de son mari d’avoir voulu lui faire violence. Trompé par ce mensonge, Anpu se retourne contre son frère, provoquant la fuite de Bata et la séparation des deux hommes. La jalousie, le désir, la trahison et la difficulté à discerner la vérité structurent ainsi la première partie du conte. La suite montre cependant que le lien entre les frères n’est pas définitivement détruit : la reconnaissance de la tromperie ouvre la voie à une forme de réparation.

La magie et les métamorphoses

Le merveilleux n’est pas un simple élément décoratif du Conte des deux frères : il fait progresser l’action et transforme le destin des personnages. Après sa fuite, Bata se retire dans un lieu éloigné et confie son existence à un cœur placé sur un arbre, selon un dispositif magique qui rend sa vie dépendante de cet objet. Les dieux interviennent également dans son histoire, tandis que le récit multiplie les morts apparentes, les retours à la vie et les métamorphoses. Ces épisodes donnent au conte une structure particulièrement mobile, dans laquelle l’identité et le corps peuvent changer de forme sans que les conséquences de la trahison disparaissent. La magie permet donc de prolonger l’épreuve et de faire passer les personnages d’une situation de malheur à une nouvelle étape de leur destinée.

Un témoignage de la littérature ramesside

Le Conte des deux frères n’est ni une chronique historique ni un simple récit mythologique : c’est une œuvre narrative qui associe des conflits familiaux très humains à un univers peuplé de dieux et de transformations surnaturelles. Son intérêt tient précisément à cette combinaison entre le quotidien — le travail, le mariage, la confiance et la parole — et l’imaginaire magique. Sa conservation sur le papyrus d’Orbiney fournit un témoignage important de la création littéraire égyptienne à l’époque ramesside. Des ressemblances peuvent être relevées entre certains de ses motifs et ceux de récits beaucoup plus tardifs, mais elles ne suffisent pas à prouver une influence directe sur la tradition biblique, les contes grecs ou les contes européens. Ce que le manuscrit permet d’affirmer avec certitude est son ancienneté exceptionnelle et la richesse de la narration égyptienne qu’il a préservée.

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