Qui était Wernher von Braun, le père des fusées modernes ?
La réponse
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Wernher von Braun fut un ingénieur allemand, devenu américain après la Seconde Guerre mondiale, et l’un des principaux pionniers de l’astronautique moderne. Passionné dès sa jeunesse par les possibilités du voyage spatial, il participa d’abord au développement des fusées allemandes, avant de jouer un rôle décisif aux États-Unis dans la conception des lanceurs qui permirent les missions Apollo. Son parcours relie ainsi les débuts militaires de la propulsion par fusée à l’exploration habitée de la Lune, tout en restant indissociable des débats sur les responsabilités liées aux technologies de guerre.
Des débuts dans la fuséologie allemande
Né en 1912, von Braun s’intéressa très tôt aux travaux du théoricien Hermann Oberth et rejoignit le Verein für Raumschiffahrt, une association allemande consacrée aux fusées et au voyage spatial. En 1932, il fut recruté par l’armée allemande pour travailler sur des programmes de missiles. Ses recherches se poursuivirent d’abord à Kummersdorf, puis à Peenemünde, sur la côte baltique, où une équipe d’ingénieurs développa l’A-4, rebaptisée V2. Mise au point sous la direction militaire de Walter Dornberger, cette fusée devint le premier missile balistique à longue portée opérationnel et l’un des premiers engins construits par l’être humain à atteindre l’espace. Von Braun en fut l’un des responsables techniques essentiels, sans en être l’unique concepteur.
Une réussite technique liée au système nazi
La V2 fut utilisée par l’Allemagne nazie à partir de 1944 contre des villes européennes, notamment Londres et Anvers. Son développement et sa fabrication s’inscrivirent dans l’appareil militaire du régime : von Braun rejoignit le Parti nazi en 1937, puis la SS en 1940. La production des missiles à l’usine souterraine de Mittelwerk reposa largement sur le travail forcé de détenus du camp de concentration de Mittelbau-Dora, dans des conditions extrêmement meurtrières. Ces éléments empêchent de présenter von Braun comme un simple chercheur extérieur aux choix politiques et militaires de son époque. Les historiens discutent encore l’étendue exacte de sa connaissance et de sa responsabilité personnelles, mais son rôle dans le programme de la V2 et son intégration aux structures du régime sont établis.
Le transfert aux États-Unis
À la fin de la guerre, von Braun et plusieurs membres de son équipe furent récupérés par les États-Unis dans le cadre de l’opération Paperclip, qui visait à employer des scientifiques allemands. Installé aux États-Unis en 1945, il travailla d’abord pour l’armée à Fort Bliss, au Texas, puis à l’arsenal de Redstone, en Alabama. Il participa au développement des fusées Redstone et Jupiter, qui servirent notamment aux premiers programmes spatiaux américains. La fusée Jupiter-C permit le lancement d’Explorer 1 en 1958, le premier satellite artificiel des États-Unis. Devenu citoyen américain en 1955, von Braun acquit alors une influence considérable dans la politique et l’organisation du programme spatial national.
L’architecte des lanceurs Apollo
En 1960, von Braun prit la direction du Marshall Space Flight Center de la NASA, à Huntsville. Sous la responsabilité de ce centre furent développées les fusées Saturn, notamment Saturn I, Saturn IB et Saturn V. Cette dernière, haute d’environ 111 mètres et composée de trois étages, fut le lanceur lourd des missions Apollo vers la Lune. Ses moteurs F-1 comptaient parmi les plus puissants jamais réalisés à cette époque. Saturn V plaça les vaisseaux Apollo sur leur trajectoire lunaire et permit les six missions habitées qui aboutirent à un alunissage, d’Apollo 11 à Apollo 17, à l’exception d’Apollo 13 qui dut interrompre sa mission avant d’atterrir. Le travail de von Braun à la NASA a contribué à établir les principes techniques et organisationnels sur lesquels reposent encore les grands lanceurs spatiaux, mais son héritage demeure partagé entre cette contribution majeure à l’exploration spatiale et son implication dans un programme d’armement fondé sur le travail forcé.
