Expressions françaises

Qui était Tartuffe dans l'expression Faire le Tartuffe ?

La réponse

Tartuffe est un personnage de la pièce de Molière intitulée 'Tartuffe ou l'Imposteur', créée en 1664. Il incarne un hypocrite qui feint la piété pour mieux tromper les autres. L'expression Faire le Tartuffe désigne donc quelqu'un qui joue un rôle de vertu ou de sincérité pour cacher ses véritables intentions, souvent égoïstes ou malhonnêtes.

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L’expression « faire le Tartuffe » puise ses racines dans une comédie qui, en 1664, provoqua un scandale bien plus large que la simple querelle littéraire. Molière y campe un personnage dont le nom est devenu synonyme d’hypocrisie religieuse et de duplicité morale, un archétype qui traverse les siècles sans perdre de sa force critique. Derrière ce masque de dévotion se cache en réalité une stratégie de manipulation, où la piété affichée sert de paravent à des ambitions personnelles ou à des intérêts égoïstes. L’expression résonne encore aujourd’hui chaque fois qu’un discours vertueux dissimule des arrière-pensées moins avouables.

Un personnage né d’une polémique

Tartuffe, dont le nom complet est Tartuffe ou l’Imposteur, est le protagoniste de la pièce éponyme de Molière, jouée pour la première fois en mai 1664 devant la cour de Louis XIV à Versailles. Le roi, bien que protecteur des arts, fut rapidement choqué par la satire des faux dévots et des abus de pouvoir sous couvert de religion. La pièce fut immédiatement interdite par l’archevêque de Paris, Pierre de Marca, qui y vit une atteinte à la morale et à l’autorité ecclésiastique. Molière dut retravailler son texte à plusieurs reprises avant qu’une version autorisée ne soit autorisée en 1669, après une censure de cinq ans. Ce bras de fer illustre la puissance subversive de la comédie, capable de déstabiliser les institutions bien au-delà du cadre théâtral.

L’hypocrisie comme mécanisme de pouvoir

Au cœur de la pièce, Tartuffe n’est pas un simple charlatan : c’est un stratège qui exploite la crédulité de son entourage pour s’infiltrer dans une famille bourgeoise et en prendre le contrôle. Sous ses airs de piété extrême, il accumule les preuves de sa duplicité : il convoite la femme de son hôte, Orgón, et tente de s’emparer de ses biens. Molière dépeint ainsi une hypocrisie calculée, où la religion devient un outil de domination sociale. Le personnage incarne une forme de manipulation qui dépasse le simple mensonge : il s’agit d’une construction méthodique d’une image vertueuse, destinée à endormir les soupçons et à faciliter l’ascension personnelle.

De la scène à la langue française

L’expression « faire le Tartuffe » s’impose dans le langage courant au XVIIIe siècle, lorsque les éditions des œuvres de Molière se multiplient et que son théâtre entre dans le patrimoine culturel. Elle désigne alors une personne qui, à l’image de l’imposteur, affiche une moralité irréprochable tout en agissant avec fourberie. Contrairement à d’autres expressions comme « faux-jeton » ou « tartufe », moins précises, « faire le Tartuffe » conserve une dimension théâtrale et littéraire, rappelant que l’hypocrisie peut être un rôle joué avec talent. Cette nuance explique pourquoi l’expression reste associée à une forme d’artifice calculé, plutôt qu’à une simple malhonnêteté ordinaire.

Un miroir tendu à la société

Molière ne visait pas seulement les dévots de son époque : il mettait en lumière un travers humain universel, celui de l’hypocrisie comme stratégie de survie sociale. Tartuffe incarne cette tendance à se draper dans des valeurs supérieures pour mieux en tirer profit, une mécanique qui transcende les époques. Au XIXe siècle, des critiques comme Sainte-Beuve y voient une allégorie des abus de pouvoir sous toutes leurs formes, qu’ils soient religieux, politiques ou économiques. Aujourd’hui encore, l’expression résonne dans les débats sur l’éthique publique, où les discours vertueux sont parfois perçus comme des paravents pour des intérêts cachés. Tartuffe reste ainsi un personnage vivant, bien au-delà des murs du théâtre.