Qui a refusé un prix Nobel et pourquoi ?
La réponse
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Le refus d’un prix Nobel peut correspondre à des situations très différentes : une décision personnelle fondée sur des principes, une renonciation obtenue sous la contrainte ou encore l’impossibilité de participer à la cérémonie sans avoir rejeté la distinction. Le cas le plus célèbre est celui de Jean-Paul Sartre, qui déclina le prix Nobel de littérature en 1964. Celui de Boris Pasternak, en 1958, relève au contraire de fortes pressions politiques. Un autre refus volontaire et motivé par la situation internationale est celui de Lê Đức Thọ, lauréat du prix Nobel de la paix en 1973.
Jean-Paul Sartre refuse d’être consacré par une institution
En 1964, l’Académie suédoise attribua le prix Nobel de littérature à Jean-Paul Sartre. L’écrivain français refusa la distinction et ne se rendit pas à Stockholm pour la recevoir. Dans les explications qu’il donna, il indiqua qu’il avait toujours rejeté les honneurs officiels et qu’il ne voulait pas être transformé en institution. Pour Sartre, accepter le Nobel aurait risqué de faire de l’écrivain une autorité consacrée par une instance officielle, alors qu’il défendait l’indépendance de la création et de la pensée. Ce refus s’accordait donc avec sa conception de l’intellectuel : celui-ci devait conserver sa liberté et ne pas laisser son œuvre être cautionnée ou récupérée par une institution, même prestigieuse. Il ne s’agissait pas d’un désaveu de la littérature, mais d’un refus personnel de la reconnaissance officielle et du statut qu’elle pouvait lui conférer.
Boris Pasternak, un refus imposé par le pouvoir soviétique
Le cas de Boris Pasternak est très différent. L’écrivain russe reçut le prix Nobel de littérature en 1958 et l’accepta d’abord. Les autorités soviétiques réagirent cependant très violemment à cette attribution, notamment parce que Pasternak était l’auteur du Docteur Jivago, roman publié à l’étranger et mal accepté par le régime. Une campagne de dénonciation fut menée contre lui, tandis que des menaces pesaient sur sa situation personnelle et sur son maintien en Union soviétique. Sous cette pression, Pasternak adressa finalement un message aux instances Nobel pour décliner l’honneur. Son renoncement fut donc formel, mais il ne résultait pas d’un choix libre comparable à celui de Sartre. Il s’agit d’un exemple emblématique de l’utilisation politique des récompenses culturelles pendant la guerre froide.
Lê Đức Thọ et la paix jugée inachevée
En 1973, le prix Nobel de la paix fut attribué conjointement à Henry Kissinger et au dirigeant nord-vietnamien Lê Đức Thọ pour leur rôle dans la négociation de l’accord de paix au Vietnam. Lê Đức Thọ refusa toutefois le prix, estimant que la paix n’était pas réellement établie alors que les combats se poursuivaient et que l’accord restait fragile. Sa décision reposait donc sur une raison directement liée à l’objet de la récompense : il ne jugeait pas la situation vietnamienne suffisamment pacifiée pour accepter un prix présenté comme une reconnaissance de la paix. Ce cas constitue, avec celui de Sartre, l’un des exemples les plus nets d’un refus volontaire d’un prix Nobel.
Ne pas recevoir le prix n’est pas toujours le refuser
Il faut enfin distinguer le refus d’une récompense de l’impossibilité de venir la recevoir. En 2010, le dissident chinois Liu Xiaobo obtint le prix Nobel de la paix alors qu’il était emprisonné en Chine. Il ne put pas assister à la cérémonie, où une chaise vide symbolisa son absence, mais il n’avait pas refusé le prix. Boris Pasternak, lui, avait été poussé à renoncer par les autorités de son pays, tandis que Sartre et Lê Đức Thọ avaient pris eux-mêmes la décision de ne pas accepter leur distinction. Ces situations montrent que le mot « refus » recouvre des réalités historiques et politiques qu’il est nécessaire de différencier.
