Quelle est la langue française la plus ancienne connue sous forme écrite ?
La réponse
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Le français n’est pas apparu soudainement sous une forme immédiatement reconnaissable. Il s’est constitué progressivement à partir du latin parlé en Gaule, dont la prononciation, la grammaire et le vocabulaire ont évolué au fil des siècles. Pendant longtemps, le latin est cependant resté la principale langue de l’écrit. Le plus ancien témoignage généralement reconnu d’une forme écrite du français ancien apparaît en 842 dans les Serments de Strasbourg. Ce document constitue un jalon essentiel, car il montre qu’une langue romane distincte du latin pouvait désormais être employée dans un acte politique solennel.
Les Serments de Strasbourg
Les Serments de Strasbourg sont conclus en 842 par Charles le Chauve et Louis le Germanique, deux petits-fils de Charlemagne qui s’allient contre leur frère Lothaire. Ils sont rapportés par Nithard, un autre petit-fils de Charlemagne, dans un récit rédigé en latin. Le document contient toutefois les formules mêmes des serments dans les langues comprises par les populations concernées : une forme ancienne de français, issue du latin parlé, et une forme ancienne de langue germanique. Cette organisation bilingue, au sein d’un texte transmis en latin, donne aux passages romans une importance particulière dans l’histoire du français.
Une langue encore appelée « roman »
À l’époque des Serments, les locuteurs ne désignent pas nécessairement leur langue sous le nom de « français ancien », expression utilisée rétrospectivement par les historiens de la langue. On parle plutôt de langue romane ou de roman, par opposition au latin savant des textes religieux et administratifs. Le passage roman des Serments n’est donc pas du français moderne : son orthographe n’est pas fixée, ses formes grammaticales sont différentes et son vocabulaire reste proche de l’héritage latin. Il témoigne néanmoins d’une évolution suffisamment avancée pour que cette langue ne soit plus simplement assimilée au latin classique.
Un témoignage fondateur, mais pas une naissance instantanée
La date de 842 ne correspond pas à la naissance soudaine du français. Bien avant sa mise par écrit, une langue romane était parlée et se transformait dans les territoires issus de l’ancien monde gallo-romain. L’absence de documents plus anciens rédigés clairement dans cette langue signifie surtout que les textes conservés étaient encore majoritairement écrits en latin. Les Serments sont donc le plus ancien témoignage écrit reconnu de cette forme de français, non le début absolu de son évolution orale.
Les textes français des siècles suivants
Après les Serments de Strasbourg, d’autres documents permettent de suivre la progression de l’écrit roman. La Cantilène de sainte Eulalie, composée à la fin du IXe siècle, en est un témoignage important. Plus tard, des œuvres littéraires comme la Chanson de Roland, conservée dans des manuscrits du Moyen Âge, montrent un français ancien plus développé et utilisé dans une production poétique de grande ampleur. Au fil des siècles, plusieurs variétés régionales coexistent, avant que la variété parlée dans le domaine royal ne contribue progressivement à la formation du français standard. Les Serments restent néanmoins le repère fondateur pour dater l’apparition attestée du français sous forme écrite.
