Quelle est l'histoire derrière la pierre de Rosette, découverte en Égypte ?
La réponse
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En juillet 1799, pendant l’expédition française menée en Égypte, des soldats travaillant sur le fort Julien, près de la ville de Rashid, découvrent un fragment de pierre sombre couvert d’inscriptions. Rashid est appelée Rosette dans les langues européennes : c’est de cette ville que vient le nom de la pierre. L’objet, identifié par l’officier du génie Pierre-François Bouchard, n’est pas une simple dalle décorative. Il s’agit d’une stèle brisée dont le texte allait fournir aux savants l’un des instruments essentiels pour comprendre les hiéroglyphes égyptiens.
Un décret de l’époque ptolémaïque
La pierre porte un décret daté de 196 avant notre ère, sous le règne de Ptolémée V Épiphane. Ce texte, généralement appelé décret de Memphis, a été adopté par des prêtres réunis pour honorer le souverain et confirmer les avantages accordés aux temples. Il ne s’agit donc ni d’un récit mythologique ni d’une inscription funéraire, mais d’un acte officiel lié au pouvoir royal et religieux. La partie conservée présente le même décret sous trois formes : en hiéroglyphes dans la section supérieure, en démotique au centre et en grec ancien dans la partie inférieure. Le démotique était une écriture courante de l’Égypte de cette période, tandis que les hiéroglyphes servaient notamment aux inscriptions monumentales et que le grec était utilisé par les autorités de l’Égypte ptolémaïque. Cette juxtaposition a rendu possible une comparaison systématique entre les textes.
Une découverte décisive pour le déchiffrement
Lorsque la pierre est découverte, les savants européens peuvent lire le grec ancien, mais ils ne comprennent plus correctement les hiéroglyphes. La présence d’un même décret dans trois écritures leur donne toutefois un point de départ exceptionnel. Au début du XIXe siècle, le savant britannique Thomas Young étudie notamment les signes placés dans les cartouches, ces encadrements ovales qui entourent certains noms royaux. Il établit des correspondances importantes, en particulier autour du nom de Ptolémée, et contribue à rapprocher l’écriture démotique des formes hiéroglyphiques. Ses travaux constituent une étape majeure, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à déchiffrer le système.
Le rôle de Champollion
Jean-François Champollion franchit l’étape décisive en 1822. En s’appuyant sur la pierre de Rosette, sur d’autres inscriptions et sur sa connaissance du copte, langue issue de l’égyptien ancien, il comprend que les hiéroglyphes associent plusieurs types de signes. Certains représentent des sons, d’autres des mots ou précisent leur sens. Cette conclusion réfute l’idée selon laquelle les hiéroglyphes seraient uniquement un ensemble de symboles figuratifs ou religieux. Champollion présente alors les principes de son déchiffrement, ouvrant l’accès à la lecture des noms de souverains, des textes officiels et d’une grande partie des inscriptions de l’Égypte antique. La pierre n’est donc pas une traduction complète à elle seule, mais la comparaison de ses trois versions a fourni une clé fondamentale.
Du site de découverte au British Museum
La pierre reste peu de temps entre les mains françaises. Après la capitulation des troupes françaises en Égypte en 1801, elle est prise par les Britanniques avec d’autres antiquités rassemblées pendant l’expédition, puis transportée en Angleterre. Elle est finalement conservée au British Museum, où elle est aujourd’hui exposée. Son parcours rappelle à la fois les rivalités militaires et scientifiques qui entouraient l’Égypte à la fin du XVIIIe siècle, mais sa célébrité tient surtout à son rôle dans l’histoire des écritures : un décret royal gravé à Memphis est devenu le document qui a permis de rendre lisible un pan essentiel de la civilisation égyptienne.
