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Quelle est l'histoire derrière la pierre de Rosette, découverte en Égypte ?

La réponse

La pierre de Rosette est une stèle gravée découverte en 1799 qui a permis à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens. Elle contient un décret écrit en trois écritures : grec ancien, démotique et hiéroglyphes. Son nom vient de la ville de Rosette, où elle a été trouvée, et elle est aujourd'hui exposée au British Museum.

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En 1798, alors que les troupes françaises de Napoléon Bonaparte campent près de la ville portuaire de Rashid, aujourd’hui appelée Rosette, en Égypte, un officier du génie, Pierre-François Bouchard, tombe sur un bloc de granodiorite noirâtre à moitié enfoui dans le sol. Ce n’est pas n’importe quel artefact : il s’agit d’une stèle gravée en trois écritures différentes, un document qui va bouleverser la compréhension moderne de l’Égypte antique. La pierre de Rosette, ainsi nommée d’après sa localisation, devient rapidement l’un des objets archéologiques les plus célèbres au monde.

Un décret royal gravé dans le temps

La pierre de Rosette n’est pas une œuvre d’art ou un monument funéraire, mais un texte administratif. Il s’agit d’un décret promulgué en 196 av. J.-C. sous le règne du pharaon Ptolémée V Épiphane, à l’occasion de son couronnement. Ce décret, connu sous le nom de décret de Memphis, célèbre les bienfaits du souverain et ordonne sa diffusion dans tout le royaume. Ce qui rend ce document exceptionnel, c’est qu’il est rédigé en trois écritures : le grec ancien, langue administrative de l’Égypte ptolémaïque, le démotique, écriture cursive utilisée pour les textes profanes, et les hiéroglyphes, réservés aux inscriptions sacrées et monumentales. Cette triple inscription n’est pas un hasard : elle reflète la diversité culturelle et linguistique de l’Égypte de l’époque, alors sous domination grecque.

Le chaînon manquant des hiéroglyphes

Avant la découverte de la pierre de Rosette, les hiéroglyphes égyptiens étaient une énigme. Les savants européens ne disposaient que de fragments de textes et de témoignages antiques, souvent contradictoires, pour tenter de percer leur mystère. En 1808, l’égyptologue britannique Thomas Young identifie que les cartouches (encadrements ovales) présents dans les hiéroglyphes correspondent à des noms de pharaons, comme Ptolémée. Mais c’est Jean-François Champollion, un jeune linguiste français, qui franchit l’étape décisive en 1822. En comparant les trois versions du décret, il comprend que les hiéroglyphes ne sont pas de simples symboles mystiques, mais un système d’écriture complexe où certains signes représentent des sons. Cette découverte ouvre la voie à la traduction des milliers de textes égyptiens conservés, des temples aux papyrus funéraires.

Un voyage mouvementé à travers l’histoire

La pierre de Rosette ne reste pas longtemps en Égypte après sa découverte. En 1801, après la capitulation des troupes françaises face aux Britanniques, l’objet est confisqué et transporté à Londres, où il est aujourd’hui exposé au British Museum. Ce déplacement s’inscrit dans un contexte plus large de spoliation culturelle liée aux conquêtes napoléoniennes et aux rivalités coloniales de l’époque. Pourtant, la pierre n’a pas toujours été traitée avec le respect qu’on lui porte aujourd’hui. En 1847, des fragments se détachent lors d’une tentative de moulage, et en 1998, des conservateurs découvrent des traces de cire ancienne, suggérant que des tentatives de nettoyage agressives avaient été effectuées au XIXe siècle. Ces incidents rappellent que les objets archéologiques, même célèbres, ne sont pas à l’abri des dommages.

Une copie pour l’Égypte

Depuis les années 2000, l’Égypte demande officiellement le retour de la pierre de Rosette, invoquant les conventions internationales sur le patrimoine culturel. Bien que le British Museum refuse catégoriquement cette restitution, arguant que l’objet a été acquis légalement à l’époque, une réplique exacte de la stèle est exposée depuis 2003 au Musée national d’Alexandrie. Cette copie, réalisée à partir de scans 3D, permet aux visiteurs égyptiens de contempler l’artefact sans quitter leur pays. Par ailleurs, des débats persistent sur la provenance exacte de la pierre : certains historiens suggèrent qu’elle pourrait avoir été déplacée de son site d’origine, le temple de Sais, avant sa découverte, ce qui soulève des questions sur les circonstances de sa mise au jour.