Seconde Guerre mondiale

Quel traité signé en 1919 fut souvent cité comme l'une des causes profondes du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ?

La réponse

Le traité de Versailles.

En savoir plus

Signé le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le traité de Versailles règle officiellement la paix entre l'Allemagne vaincue et les puissances alliées après la Première Guerre mondiale. Il est souvent cité parmi les causes profondes de la Seconde Guerre mondiale, non parce qu'il aurait mécaniquement provoqué le conflit, mais parce qu'il a nourri en Allemagne un puissant sentiment d'injustice et de revanche. Ses effets se sont combinés à d'autres facteurs essentiels, notamment la fragilité de la République de Weimar, la crise économique mondiale, la montée du nazisme et les échecs de la sécurité collective.

Une paix imposée par les vainqueurs

Le traité fut élaboré lors de la conférence de paix de Paris, ouverte en janvier 1919. Les principales puissances victorieuses défendaient des priorités différentes. Le président américain Woodrow Wilson souhaitait fonder la paix sur ses Quatorze Points et la création d'une Société des Nations. Le président du Conseil français Georges Clemenceau insistait sur la sécurité de la France et sur la nécessité d'empêcher une nouvelle agression allemande. Le Premier ministre britannique David Lloyd George cherchait un équilibre entre les exigences de l'opinion publique, la stabilité européenne et les intérêts économiques britanniques. L'Allemagne ne participa pas à égalité aux négociations : les conditions lui furent présentées par les vainqueurs, puis elle fut appelée à les accepter. Cette procédure contribua à faire du traité un « diktat » aux yeux d'une grande partie de la population allemande, même si le texte résultait de compromis entre les Alliés et non d'une seule volonté française.

Des restrictions territoriales et militaires

Le règlement de Versailles modifia profondément la situation de l'Allemagne. L'Alsace-Lorraine fut rendue à la France, tandis que d'autres territoires furent attribués notamment à la Belgique, au Danemark et à la Pologne. La ville de Dantzig devint une ville libre placée sous la protection de la Société des Nations, et le « corridor polonais » donna à la Pologne un accès à la mer en séparant la Prusse-Orientale du reste de l'Allemagne. L'Allemagne perdit également ses colonies, transformées en mandats administrés au nom de la Société des Nations. Sur le plan militaire, son armée fut limitée à 100 000 hommes sans service militaire obligatoire ; elle ne pouvait plus disposer d'une aviation militaire, de sous-marins ni de forces blindées. La Rhénanie devait rester démilitarisée et fut occupée temporairement par les forces alliées. Ces mesures alimentèrent le révisionnisme allemand, c'est-à-dire la volonté de remettre en cause l'ordre territorial issu de la guerre.

Réparations et responsabilité de la guerre

Le traité prévoyait le principe de réparations, mais il n'en fixait pas immédiatement le montant définitif. Celui-ci fut établi en 1921 par la Commission des réparations à 132 milliards de marks-or. Cette somme, ainsi que les modalités de son paiement, devint un sujet majeur de confrontation entre l'Allemagne et les Alliés. La situation économique allemande fut ensuite aggravée par plusieurs facteurs, dont les difficultés budgétaires internes, la crise monétaire et l'occupation de la Ruhr en 1923 après le conflit sur les livraisons et les paiements. Il serait toutefois inexact d'attribuer la crise allemande ou l'hyperinflation au seul traité de Versailles.

L'article 231, souvent désigné comme la « clause de culpabilité », ne formulait pas simplement une déclaration de culpabilité morale exclusive de l'Allemagne. Il établissait la responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés pour les pertes et les dommages subis par les puissances alliées, afin de fournir une base juridique aux réparations. En Allemagne, cette disposition fut néanmoins ressentie comme une condamnation nationale et devint un argument central de la propagande nationaliste. Les gouvernements de la République de Weimar, accusés par leurs adversaires d'avoir accepté une paix humiliante, eurent ainsi beaucoup de mal à faire reconnaître leur légitimité.

Un facteur de long terme, pas une cause unique

Le traité fut contesté dès son adoption. Aux États-Unis, le Sénat refusa de ratifier le texte, ce qui empêcha les États-Unis de participer à la Société des Nations ; Washington conclut ensuite une paix séparée avec l'Allemagne. En Allemagne, les partis nationalistes et, plus tard, Adolf Hitler exploitèrent les pertes territoriales, les limitations militaires et les réparations pour réclamer l'abolition du règlement de Versailles. Pourtant, les relations internationales connurent aussi des phases d'apaisement : l'Allemagne entra dans la Société des Nations en 1926 et tenta momentanément de négocier sa réintégration dans le système européen.

Après la crise économique de 1929, la progression du nazisme, les choix des dirigeants allemands et les faiblesses des démocraties européennes transformèrent le ressentiment en politique d'agression. Hitler entreprit de démanteler les restrictions du traité, notamment avec le réarmement allemand et la remilitarisation de la Rhénanie en 1936. Le traité de Versailles fournit donc un terrain favorable à la propagande et au révisionnisme, mais il n'explique pas à lui seul le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale : celui-ci résulte aussi de l'idéologie nazie, de la politique expansionniste du régime et de l'échec des mécanismes destinés à préserver la paix.

CultureG.org