Quel traité a mis fin à la guerre entre la Russie et les puissances centrales en 1918, permettant à l’Allemagne de concentrer ses forces à l’ouest ?
La réponse
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Le traité de Brest-Litovsk, signé le 3 mars 1918, a mis fin aux hostilités entre la Russie soviétique et les puissances centrales — l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, l’Empire ottoman et la Bulgarie. Conclue quelques mois après la révolution d’Octobre, cette paix séparée a profondément modifié la situation militaire de la Première Guerre mondiale : la Russie sortait du conflit, tandis que l’Allemagne pouvait déplacer une partie importante de ses troupes vers le front occidental.
Une paix imposée à la Russie révolutionnaire
La conclusion du traité répondait à la promesse faite par les bolcheviks de mettre fin à la guerre. Après la révolution d’Octobre 1917, le nouveau pouvoir russe a demandé un armistice aux puissances centrales, puis a ouvert des négociations à Brest-Litovsk. L’armée russe, épuisée par plusieurs années de combats, souffrait d’une désorganisation profonde et ne pouvait plus assurer efficacement la défense du front oriental. Les négociations ont cependant été difficiles. Les bolcheviks réclamaient une paix sans annexions ni indemnités, tandis que l’Allemagne et ses alliés exigeaient d’importantes concessions territoriales. Lorsque les discussions ont échoué, les forces allemandes ont repris leur progression en février 1918. Face à cette offensive et à l’effondrement militaire russe, le gouvernement de Lénine a finalement accepté des conditions très défavorables.
De lourdes concessions territoriales
Le traité obligeait la Russie à renoncer à sa souveraineté sur de vastes territoires situés à l’ouest de son ancien empire. La Pologne, la Lituanie, la Courlande et d’autres régions baltes échappaient au contrôle russe, tandis que la Russie soviétique devait reconnaître l’indépendance de l’Ukraine et le traité conclu séparément par la République populaire ukrainienne avec les puissances centrales. Dans le Caucase, elle abandonnait également à l’Empire ottoman les territoires de Kars, d’Ardahan et de Batoumi. Ces clauses ne correspondaient pas toutes à une annexion juridique immédiate par l’Allemagne : plusieurs régions étaient placées sous occupation ou sous forte influence allemande et austro-hongroise. Elles représentaient néanmoins une perte majeure de territoires, de population et de ressources pour la Russie.
Un renforcement allemand à l’ouest
La sortie de la Russie permettait à l’Allemagne de dégager son front oriental. Des unités allemandes ont ainsi pu être transférées vers la France et la Belgique, où Berlin espérait obtenir une décision avant que les renforts américains ne deviennent pleinement déterminants. À partir du 21 mars 1918, l’armée allemande a lancé les offensives du printemps, souvent désignées sous le nom de Kaiserschlacht. Ces opérations ont d’abord permis des avancées importantes, mais elles n’ont pas réussi à percer durablement le dispositif allié ni à obtenir la victoire décisive recherchée. L’effet stratégique de Brest-Litovsk a donc été réel, sans suffire à inverser l’issue de la guerre.
Un traité rapidement rendu caduc
Pour les bolcheviks, Brest-Litovsk constituait une paix de nécessité destinée à préserver leur pouvoir et à leur permettre de faire face aux conflits qui se développaient en Russie. Les gouvernements alliés ont, eux, condamné cette paix séparée, conclue alors que la Russie abandonnait le camp de l’Entente. Après la défaite allemande, l’armistice du 11 novembre 1918 a exigé de l’Allemagne qu’elle renonce au traité de Brest-Litovsk et à ses accords complémentaires. Le règlement de paix de 1919 a confirmé cette remise en cause. Les bouleversements politiques et militaires de l’après-guerre ont ensuite favorisé l’indépendance de plusieurs États d’Europe orientale, de sorte que la carte issue du traité n’a pas durablement subsisté.
