Philosophie

Quel terme aristotélicien désigne la réalisation de la finalité propre d'un être ou d'une chose ?

La réponse

L'entéléchie.

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Dans la philosophie d’Aristote, l’entéléchie désigne l’actualisation accomplie de ce qu’un être est en puissance, conformément à sa forme et à sa finalité propre. Elle appartient au vocabulaire aristotélicien de l’être, du changement et de la vie. Le terme ne renvoie donc pas simplement à un but extérieur ni à une force mystérieuse qui pousserait les choses vers leur achèvement : il désigne une manière pour une réalité d’être pleinement en acte, en réalisant les possibilités qui lui sont propres.

De la puissance à l’acte

Pour comprendre l’entéléchie, il faut la replacer dans la distinction entre puissance et acte. Une chose est en puissance lorsqu’elle peut devenir ou être autre chose ; elle est en acte lorsque cette possibilité est réalisée. Le bronze, par exemple, peut être une statue, mais il ne l’est pas encore en tant que simple matériau. Cette comparaison montre le passage de la possibilité à la réalisation, même si la statue, qui est un artefact, n’est pas l’exemple le plus caractéristique de l’entéléchie : sa forme vient de l’action d’un artisan. Chez Aristote, l’entéléchie concerne surtout l’accomplissement d’une forme qui appartient à la nature propre de l’être. Elle est ainsi liée à l’energeia, terme également employé pour désigner l’être en acte, même si les deux notions ne sont pas absolument interchangeables dans tous les contextes.

L’entéléchie du vivant

La notion prend une importance particulière dans De l’âme. Aristote y définit l’âme comme l’entéléchie première d’un corps naturel organisé qui possède la vie en puissance. L’âme n’est pas ici une substance séparée ajoutée au corps : elle est l’acte et le principe d’organisation qui font d’un corps vivant un être capable de se nourrir, de sentir, de se mouvoir ou de penser, selon le type d’âme considéré. Le qualificatif première permet de distinguer cette actualité fondamentale de l’exercice effectif d’une faculté. Un être vivant possède par exemple la capacité de voir même lorsqu’il ne voit pas actuellement ; l’exercice de la vision constitue une actualité seconde. L’entéléchie désigne donc la structure accomplie qui rend ces activités possibles.

Une finalité immanente

L’entéléchie est également liée à la conception aristotélicienne de la nature. Les êtres naturels possèdent en eux-mêmes un principe de changement et de repos : une graine peut devenir une plante, et un jeune animal peut atteindre la forme adulte propre à son espèce. Cette évolution ne doit pas être comprise comme l’action d’une force matérielle cachée ni comme la présence miniature de l’être futur dans l’être actuel. Elle exprime plutôt le fait qu’une forme naturelle oriente le développement et les fonctions de l’organisme. La finalité est ainsi immanente à l’être naturel : l’œil est fait pour voir, et les différentes parties d’un organisme s’expliquent notamment par les fonctions qu’elles remplissent. L’entéléchie correspond à l’accomplissement de cette organisation et de ces capacités, non à un simple objectif situé dans l’avenir.

Un concept à distinguer du finalisme moderne

Il serait donc réducteur de traduire l’entéléchie par destin, perfection absolue ou force vitale. Le mot désigne avant tout un concept ontologique : il indique le mode d’actualité par lequel une réalité réalise sa forme et sa fin propre. Dans la Métaphysique, la réflexion d’Aristote sur l’acte pur et sur la réalité divine prolonge cette opposition entre puissance et acte, mais elle ne transforme pas l’entéléchie en mécanisme universel expliquant chaque événement. La notion a ensuite reçu des interprétations diverses dans l’histoire de la philosophie ; pour rester fidèle à Aristote, il faut surtout retenir qu’elle nomme l’accomplissement interne d’une possibilité, particulièrement manifeste dans la vie et dans l’exercice des fonctions propres à chaque être.

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