Histoire de la musique

Quel style musical jamaïcain, apparu dans les années 1960, a influencé le reggae et le hip-hop avec ses rythmes syncopés et son usage du riddim ?

La réponse

Le ska.

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Apparu à la fin des années 1950 et popularisé au début des années 1960, le ska est le premier grand style de musique populaire jamaïcaine à connaître un retentissement international. Sa formule repose sur un mélange de mento et de calypso locaux, de rhythm and blues américain et d’influences jazz. Son trait le plus reconnaissable est l’accent marqué sur les contretemps, produit notamment par la guitare ou le piano, auquel s’ajoutent des lignes de basse mobiles, une batterie énergique et des interventions de cuivres. Cette combinaison dansante a fourni une base essentielle au développement du rocksteady puis du reggae.

Les origines dans les sound systems

Le ska se développe dans la Jamaïque des années 1950, à une époque où les sound systems diffusent dans les quartiers populaires des disques de rhythm and blues venus des États-Unis. Des figures comme Clement « Coxsone » Dodd, Duke Reid et Prince Buster jouent un rôle majeur dans la sélection et la production de nouveaux enregistrements. Les musiciens jamaïcains ne se contentent pas d’accélérer des morceaux américains : ils élaborent une écriture originale en combinant les traditions locales avec les harmonies et les rythmes entendus sur ces disques. Les Skatalites, formés au début des années 1960, deviennent l’un des principaux groupes associés à cette sonorité et accompagnent de nombreux chanteurs et producteurs.

Une langue rythmique fondée sur le contretemps

Le ska se distingue par une pulsation très dynamique. La guitare et le piano soulignent souvent les temps faibles ou les contretemps, tandis que la basse et la batterie donnent au morceau son mouvement continu. Les cuivres, très présents dans de nombreux enregistrements, ajoutent des réponses mélodiques et des accents qui renforcent son caractère festif. Dans le vocabulaire des musiques jamaïcaines, le mot « riddim » désigne généralement une base rythmique ou instrumentale sur laquelle peuvent se poser différentes mélodies et interventions vocales. Le ska participe à cette logique de construction autour d’un motif rythmique reconnaissable, même si le terme ne lui est pas réservé et s’emploie aussi pour le rocksteady, le reggae et le dancehall.

Du ska au rocksteady et au reggae

Au milieu des années 1960, le ska évolue progressivement vers le rocksteady. Le tempo ralentit, la basse prend davantage d’importance et les arrangements vocaux deviennent souvent plus centraux. Le passage d’un style à l’autre n’est toutefois pas une rupture absolue : certains musiciens et producteurs travaillent dans les deux idiomes, et les enregistrements de la période présentent des caractéristiques intermédiaires. Le reggae se forme à la fin des années 1960 à partir de cet héritage, en accentuant notamment le rôle de la basse, de la batterie et des motifs rythmiques répétitifs. Le morceau « Simmer Down » des Wailers, enregistré au début des années 1960, appartient en revanche à la période ska et ne constitue pas un exemple de reggae. Bob Marley and the Wailers contribueront ensuite largement à la diffusion internationale du reggae dans les années 1970.

Une influence indirecte sur le hip-hop

Le lien entre le ska et le hip-hop passe moins par un emprunt direct de répertoire que par la culture jamaïcaine des sound systems. La pratique consistant à faire entendre une base instrumentale, à la prolonger et à intervenir oralement au-dessus d’elle s’inscrit dans l’histoire du deejaying et du toasting jamaïcains. Cette culture est transportée aux États-Unis par des immigrés jamaïcains, parmi lesquels Clive Campbell, connu sous le nom de DJ Kool Herc, figure fondatrice du hip-hop dans le Bronx dans les années 1970. Le hip-hop doit aussi une part décisive de sa construction au funk, à la soul et au disco afro-américains. Il est donc plus exact de parler d’une influence culturelle et de principes rythmiques communs que de présenter le ska comme l’unique origine musicale du hip-hop.

Une postérité internationale

Après son déclin relatif en Jamaïque, le ska connaît plusieurs renaissances. Au Royaume-Uni, le mouvement 2 Tone de la fin des années 1970 associe ses rythmes aux influences du punk et du reggae, avec des groupes comme The Specials, Madness et The Selecter. Cette nouvelle scène rappelle la capacité du ska à circuler entre des publics et des traditions différentes. Son héritage demeure ainsi double : il constitue une étape directe dans la généalogie du reggae et a contribué, par la culture des sound systems, des bases instrumentales répétitives et des interventions vocales, à l’environnement musical et culturel qui a vu naître le hip-hop.

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