Quel rôle a joué l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale ?
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L’Empire ottoman fut l’un des principaux belligérants non européens de la Première Guerre mondiale. En rejoignant les Empires centraux à la fin du mois d’octobre 1914, il ouvrit de nouveaux fronts contre la Russie, le Royaume-Uni et la France, depuis le Caucase jusqu’à la Mésopotamie et la Palestine. Sa position lui permit de menacer les communications et les intérêts des Alliés au Moyen-Orient, tout en faisant des détroits reliant la mer Noire à la Méditerranée un enjeu stratégique majeur. Mais cette participation, menée sur plusieurs fronts par un empire déjà fragilisé, épuisera ses ressources et contribuera à sa disparition politique.
Une entrée en guerre liée à l’Allemagne
Le gouvernement dominé par les Jeunes-Turcs cherchait à préserver l’Empire et à renforcer sa position face à la Russie et aux puissances européennes. Il se rapprocha de l’Allemagne, qui avait déjà envoyé une mission militaire à Constantinople. Le croiseur allemand Goeben et le croiseur léger Breslau furent intégrés à la flotte ottomane sous les noms de Yavuz Sultan Selim et Midilli, tout en restant placés sous le commandement de l’amiral allemand Wilhelm Souchon. Le 29 octobre 1914, ces navires attaquèrent des ports russes de la mer Noire. La Russie déclara ensuite la guerre à l’Empire ottoman le 2 novembre, puis le Royaume-Uni et la France le 5 novembre. Cette décision fit officiellement de l’Empire un membre actif des Empires centraux, aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, et transforma le conflit européen en une guerre touchant directement le Proche-Orient.
Le Caucase et l’affrontement avec la Russie
Le premier grand engagement ottoman se déroula dans le Caucase contre la Russie impériale. En décembre 1914, le ministre de la Guerre Enver Pacha lança une offensive vers la région de Sarikamish, dans l’espoir de repousser les forces russes et de reprendre l’initiative dans cette zone stratégique. L’opération se transforma en catastrophe pour la Troisième Armée ottomane : les combats, le froid, le manque de ravitaillement et les maladies provoquèrent des pertes très lourdes. Cet échec affaiblit durablement l’armée ottomane sur le front oriental. La guerre dans cette région eut également de graves conséquences pour les populations civiles, notamment les Arméniens de l’Empire, victimes à partir de 1915 de déportations et de massacres de masse organisés par les autorités ottomanes. Après la révolution russe de 1917, la situation militaire se modifia, mais l’Empire ne put tirer durablement avantage de ce changement.
Gallipoli, une victoire défensive majeure
La maîtrise des Dardanelles constituait un objectif essentiel pour les Alliés. En 1915, le Royaume-Uni et la France cherchèrent à franchir les détroits, à menacer Constantinople et à établir une liaison maritime avec la Russie. L’offensive navale commença en février, puis des troupes alliées débarquèrent sur la presqu’île de Gallipoli le 25 avril. Les forces ottomanes, appuyées par la mission militaire allemande et commandées notamment par le général Liman von Sanders, opposèrent une résistance efficace. Mustafa Kemal, alors officier ottoman, joua un rôle important dans plusieurs phases de la défense. Incapables de progresser, les Alliés évacuèrent leurs positions entre décembre 1915 et janvier 1916. La campagne fut une victoire ottomane, même si elle coûta très cher aux deux camps. Elle empêcha surtout les Alliés de s’emparer rapidement des détroits et de mettre Constantinople sous pression directe, tout en contribuant plus tard à la mémoire politique de Mustafa Kemal en Turquie.
Les fronts du Moyen-Orient et l’effondrement
L’Empire ottoman dut également combattre les forces britanniques en Mésopotamie, dans le Sinaï, en Palestine et dans la péninsule Arabique. Les Britanniques prirent Bassora dès 1914, subirent ensuite une grave défaite à Kut en 1916, puis conquirent Bagdad en mars 1917. En Palestine, ils s’emparèrent de Jérusalem en décembre 1917 avant de reprendre leur progression en 1918. Dans le Hedjaz, la révolte arabe lancée en 1916 par Hussein ben Ali, chérif de La Mecque, avec le soutien britannique, affaiblit l’autorité ottomane dans plusieurs régions et perturba les communications impériales. Malgré la résistance de ses armées sur certains secteurs, l’Empire était épuisé par la durée du conflit, les difficultés de ravitaillement et la multiplication des fronts. L’armistice de Moudros, signé le 30 octobre 1918, entraîna la démobilisation ottomane et permit l’occupation de positions stratégiques par les Alliés. Le traité de Sèvres de 1920 prévoyait ensuite le démembrement de l’Empire, mais le mouvement national turc dirigé par Mustafa Kemal le rejeta. L’abolition du sultanat en 1922 mit fin à l’Empire ottoman, avant la création de la République de Turquie en 1923.
