Histoire des rois et reines

Quel roi d'Angleterre a signé la Magna Carta en 1215 ?

La réponse

La Magna Carta a été signée par le roi Jean sans Terre en 1215 à Runnymede, en Angleterre. Ce document historique limite les pouvoirs du roi et pose les bases du droit constitutionnel anglais.

En savoir plus

Le roi d’Angleterre qui a accepté et scellé la Magna Carta en 1215 est Jean sans Terre, ou John Lackland en anglais. La rencontre eut lieu à Runnymede, en Angleterre, dans un contexte de révolte des barons contre l’autorité royale. Loin d’être une initiative spontanée du souverain, la charte fut une concession arrachée après plusieurs années de tensions politiques, militaires et financières. Elle ne fondait pas encore une monarchie constitutionnelle moderne, mais elle introduisait l’idée que le roi devait lui aussi respecter certaines règles et coutumes.

Un règne fragilisé par les crises

Jean sans Terre, dernier fils légitime d’Henri II, devint roi en 1199 après la mort de son frère Richard Cœur de Lion. Son accession fut toutefois contestée par son neveu Arthur de Bretagne, qui bénéficiait du soutien d’une partie des adversaires du nouveau roi. Jean dut également affronter le roi de France Philippe Auguste. Au début de son règne, il perdit une grande partie des possessions anglaises situées en France, notamment la Normandie en 1204. Ces revers militaires réduisirent son prestige et entraînèrent de lourdes dépenses. Ses exigences financières, ses interventions dans les affaires féodales et ses conflits avec certains grands seigneurs contribuèrent à détériorer ses relations avec les barons anglais. Le différend qui l’opposa à l’Église au sujet de la nomination de l’archevêque de Canterbury ajouta encore à son isolement politique.

La révolte des barons et l’accord de Runnymede

En 1215, une coalition de barons se souleva contre Jean sans Terre. Ses membres lui reprochaient notamment de lever des aides et des taxes lourdes, de ne pas respecter les coutumes féodales et d’exercer la justice de manière arbitraire. L’archevêque Stephen Langton participa aux discussions, tandis que Londres passa du côté des rebelles, ce qui accentua la pression sur le roi. Après plusieurs mois de confrontation, Jean rencontra les barons à Runnymede, près de Windsor, en juin 1215. Il accepta alors la Magna Carta, un texte rédigé en latin qui énumérait des garanties et des engagements imposés à la monarchie. On parle couramment de la charte « signée » par Jean, même si, dans les pratiques diplomatiques médiévales, son authenticité était principalement établie par le sceau royal. L’essentiel demeure que Jean sans Terre en fut le souverain qui l’accepta et la scella sous la contrainte politique des barons.

Les limites posées au pouvoir royal

La Magna Carta de 1215 comportait 63 clauses, portant sur les rapports entre le roi, les barons, l’Église et les hommes libres. Elle reconnaissait notamment la liberté de l’Église anglaise et cherchait à encadrer certaines obligations financières imposées par le souverain. Elle affirmait aussi qu’un homme libre ne pouvait être arrêté, emprisonné, dépossédé ou exilé sans jugement légal de ses pairs ou en dehors du droit du royaume. Cette disposition, complétée par l’engagement de ne pas refuser, vendre ou retarder la justice, a beaucoup contribué à la réputation ultérieure du texte. Il faut cependant éviter de lui attribuer une portée immédiatement universelle : ses protections ne concernaient pas l’ensemble de la population et la charte ne créait ni démocratie ni Parlement moderne. Elle limitait certains actes du roi dans le cadre de la société féodale de son époque.

Une influence construite après 1215

La première version de la Magna Carta ne resta pas longtemps en vigueur. Le pape Innocent III l’annula peu après son adoption, et la crise reprit sous la forme d’une guerre civile. Jean sans Terre mourut en 1216, mais la charte fut rééditée sous le règne de son fils Henri III, notamment en 1216, en 1217 et en 1225. Ces nouvelles versions permirent au texte de survivre et de devenir une référence pour les générations suivantes. À partir de la fin du Moyen Âge, puis surtout lors des conflits politiques anglais du XVIIe siècle, certaines de ses clauses furent invoquées pour défendre la limitation du pouvoir royal et la protection contre les détentions arbitraires. La Magna Carta n’a donc pas transformé instantanément l’Angleterre en monarchie constitutionnelle, mais elle a fourni un symbole durable de la primauté du droit sur l’autorité personnelle du souverain.

CultureG.org