Quel philosophe athénien a été condamné à mort en 399 av. J.-C. pour impiété et corruption de la jeunesse ?
La réponse
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En 399 av. J.-C., Socrate fut jugé à Athènes et condamné à mort dans un procès devenu l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire de la philosophie. La cité sortait alors de plusieurs décennies de guerre et de graves crises politiques, mais la sentence ne fut pas prononcée par l’assemblée du peuple : elle émana d’un tribunal populaire composé de citoyens. Socrate était accusé d’impiété et de corruption de la jeunesse, deux chefs d’accusation qui touchaient à la fois à la religion civique et à la transmission des valeurs de la cité.
Une cité marquée par les crises
Le procès intervient peu après la défaite d’Athènes face à Sparte, qui mit fin à la guerre du Péloponnèse en 404 av. J.-C. La démocratie athénienne avait été remplacée pour un temps par le régime oligarchique des Trente, avant d’être restaurée. Même si une amnistie cherchait à limiter les représailles politiques, les souvenirs de la guerre civile et des bouleversements récents restaient présents. Socrate n’était pas poursuivi officiellement pour des actes politiques, mais certains Athéniens pouvaient se méfier de son influence et de certaines relations qu’on lui attribuait. Ce contexte contribue à expliquer pourquoi son enseignement public pouvait être perçu avec suspicion, sans toutefois fournir à lui seul la preuve des motivations exactes de ses accusateurs.
Les accusations contre Socrate
L’accusation fut portée par Mélétos, avec le soutien d’Anytos et de Lycon. Dans l’Apologie de Socrate de Platon, Mélétos reproche au philosophe de ne pas reconnaître les dieux de la cité, d’introduire de nouvelles divinités et de corrompre les jeunes gens. Socrate conteste ces charges et affirme qu’il n’enseigne pas la sagesse comme un maître qui ferait payer ses leçons. Sa pratique consiste à questionner ses interlocuteurs, notamment ceux qui se présentent comme savants, afin de mettre à l’épreuve leurs certitudes. Il soutient que cette recherche exigeante révèle surtout la conscience de sa propre ignorance. Le terme de « maïeutique », souvent associé à cette méthode, est une désignation postérieure et ne doit pas être présenté comme le nom officiel de sa pratique au moment du procès.
Un procès devant un tribunal populaire
La procédure athénienne prévoyait que Socrate soit entendu par un grand jury de citoyens tirés au sort ; la tradition retient le nombre de 501 jurés pour son procès. Il ne s’agissait donc pas d’un vote de l’Ecclésia, l’assemblée politique, mais d’une décision rendue par un tribunal populaire. Les principaux récits conservés sont l’Apologie de Platon et les textes de Xénophon : ils permettent de connaître les arguments attribués à Socrate, mais ne constituent pas une transcription officielle complète des débats. Après le verdict de culpabilité, les parties proposaient une peine. Socrate défendit sa conduite avec une fermeté qui ne cherchait pas à flatter les juges ; la peine capitale fut finalement retenue. Selon les récits antiques, il demeura en prison et absorba un poison traditionnellement identifié à la ciguë, au lieu de profiter d’une possibilité d’évasion préparée par ses proches.
La mort et la transmission de sa pensée
Socrate n’a laissé aucun écrit. Sa pensée est connue principalement à travers des auteurs qui l’ont fréquenté ou qui ont composé, après sa mort, des œuvres mettant en scène sa personnalité et ses idées. Platon en fait le personnage central de nombreux dialogues, notamment l’Apologie, le Criton et le Phédon, ce dernier racontant ses derniers moments. Xénophon propose également un portrait de Socrate dans les Mémorables et dans d’autres textes. Le philosophe devient ainsi une figure majeure de la réflexion sur l’examen de soi, la justice et le rapport entre la conscience individuelle et les lois de la cité. Son procès a également nourri des interprétations diverses, mais le fait essentiel demeure établi : l’Athénien Socrate fut condamné à mort en 399 av. J.-C. pour impiété et corruption de la jeunesse.
