Histoire du monde

Quel pays africain, anciennement appelé Abyssinie, fut le seul à ne jamais être colonisé par une puissance européenne au XIXe siècle ?

La réponse

L'Éthiopie.

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L’Éthiopie, souvent désignée sous le nom d’Abyssinie dans les sources européennes, occupe une place particulière dans l’histoire de la conquête de l’Afrique. Alors que la plupart des territoires africains passent sous domination européenne à la fin du XIXe siècle, l’État éthiopien conserve sa souveraineté. Cette indépendance repose sur la solidité relative de ses structures politiques, sur la capacité militaire de ses dirigeants et sur une diplomatie habile, qui atteint son point culminant avec la victoire d’Adwa contre l’Italie en 1896. La formulation doit toutefois être comprise dans le cadre précis du XIXe siècle : l’Éthiopie est envahie et occupée par l’Italie de 1936 à 1941.

Une histoire politique ancienne

Le terme « Abyssinie » ne désigne pas simplement un ancien nom officiel de l’Éthiopie moderne. Il s’agit d’une appellation employée par des auteurs étrangers pour parler notamment des hautes terres et de la monarchie chrétienne éthiopiennes. L’histoire du pays est liée à celle du royaume d’Aksoum, puissant dans les premiers siècles de notre ère, puis à une longue tradition monarchique et chrétienne. Il serait cependant inexact de présenter l’Éthiopie contemporaine comme une continuation parfaitement ininterrompue d’un empire antique : le pouvoir central et les frontières ont évolué au fil des siècles.

Au XIXe siècle, l’État éthiopien se renforce sous plusieurs souverains, notamment Téwodros II, Yohannes IV et Ménélik II. Cette période est marquée par des efforts de centralisation et par la consolidation d’une autorité impériale sur des territoires et des populations diverses. L’Éthiopie n’est donc pas un pays isolé ou politiquement immobile lorsque les puissances européennes intensifient leur expansion en Afrique. Elle dispose d’un pouvoir capable de négocier, de lever une armée importante et de défendre son autonomie.

Le conflit avec l’Italie

La principale menace vient de l’Italie, qui établit sa présence sur la mer Rouge et constitue la colonie d’Érythrée en 1890. Rome cherche ensuite à étendre son influence vers l’intérieur. Le traité de Wouletche (Wuchale), signé en 1889 entre Ménélik II et l’Italie, devient le centre du différend. Les versions amharique et italienne de l’article 17 ne donnent pas le même sens aux engagements éthiopiens : la version italienne est interprétée comme faisant de l’Éthiopie un protectorat italien, tandis que la version amharique laisse au souverain une possibilité, et non une obligation, de recourir à l’Italie pour ses relations extérieures. Ménélik II rejette l’interprétation italienne, et le désaccord débouche sur la guerre.

Le 1er mars 1896, les forces éthiopiennes remportent à Adwa une victoire décisive sur l’armée italienne. Cette défaite empêche l’Italie d’imposer son protectorat et constitue l’un des plus importants revers infligés à une puissance européenne durant la période de partage de l’Afrique. Par le traité d’Addis-Abeba, signé le 26 octobre 1896, l’Italie reconnaît l’indépendance de l’Éthiopie et renonce au traité de Wouletche. L’Éthiopie reste ainsi le seul État africain mentionné dans la réponse de référence à avoir échappé à la colonisation européenne au XIXe siècle.

Armes, armée et diplomatie

La victoire d’Adwa ne s’explique pas par la seule bravoure des combattants. Ménélik II a acheté des armes à feu et de l’artillerie auprès de fournisseurs étrangers, puis a mobilisé une armée considérable. La monarchie éthiopienne a également tiré parti des rivalités entre les puissances européennes, qui ne poursuivent pas toutes les mêmes objectifs dans la région. En maintenant des relations avec plusieurs gouvernements et en refusant de dépendre exclusivement d’un seul partenaire, Addis-Abeba préserve une marge de manœuvre diplomatique utile.

Cette stratégie ne signifie pas que l’Éthiopie échappe à toutes les pressions extérieures. Les Européens cherchent à obtenir des concessions commerciales et politiques, tandis que l’État éthiopien poursuit lui-même une centralisation et une extension de son autorité. Mais, à la différence de nombreux royaumes et sociétés africains vaincus ou placés sous protectorat, l’empire de Ménélik conserve la maîtrise de ses relations internationales après 1896.

Un symbole de souveraineté africaine

La victoire d’Adwa acquiert au XXe siècle une portée bien plus large que le seul conflit italo-éthiopien. Elle devient un symbole de résistance à la domination coloniale et nourrit l’image de l’Éthiopie comme emblème de souveraineté africaine. Addis-Abeba accueille en 1963 la conférence fondatrice de l’Organisation de l’unité africaine, dont la ville devient le siège. Cette mémoire internationale ne doit toutefois pas effacer la complexité de l’histoire éthiopienne ni transformer l’indépendance du XIXe siècle en affirmation absolue pour toutes les périodes : l’occupation italienne de 1936 à 1941 constitue une rupture majeure, postérieure à la période évoquée par la question.

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