Architecture

Quel mouvement architectural du XIXe siècle s'inspire des formes et des motifs de l'Orient, comme le montrent certaines parties de la Maison de la Reine à Brighton ?

La réponse

Le style néomauresque.

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Le néomauresque est un courant architectural du XIXe siècle qui réinterprète, dans un contexte européen, des formes associées à l’architecture islamique d’al-Andalus et du Maghreb. Il appartient à la famille des styles historicistes, qui puisent dans des traditions anciennes pour créer des bâtiments adaptés aux goûts modernes. Ses motifs les plus reconnaissables sont les arcs outrepassés ou en fer à cheval, les décors géométriques, les arabesques, les revêtements de faïence et les ornements en stuc. À Brighton, certaines parties de la résidence royale connue sous le nom de Royal Pavilion illustrent le goût pour ces formes orientales, même si l’édifice dans son ensemble relève d’un mélange plus vaste d’influences, notamment indiennes, islamiques et chinoises.

Une inspiration venue d’al-Andalus

Le terme « mauresque » renvoie à une désignation occidentale des formes architecturales associées aux populations musulmanes d’Afrique du Nord et de la péninsule Ibérique. Au XIXe siècle, les architectes européens s’intéressent particulièrement aux monuments d’al-Andalus, dont l’Alhambra de Grenade et le palais mudéjar de l’Alcázar de Séville. Ils en retiennent des éléments visuels comme les arcs polylobés ou en fer à cheval, les compositions symétriques, les motifs entrelacés, les inscriptions décoratives, les plafonds travaillés et les surfaces couvertes de carreaux colorés. Le néomauresque n’est cependant pas une simple reproduction de ces monuments : il combine des références historiques parfois différentes et les adapte aux fonctions d’une synagogue, d’un théâtre, d’un établissement thermal, d’une demeure privée ou d’un édifice public. Le résultat correspond donc à une vision historiciste et souvent idéalisée de l’Orient, plutôt qu’à la copie fidèle d’une architecture précise.

Le cas particulier de Brighton

Le bâtiment de Brighton auquel cet exemple fait référence est le Royal Pavilion. Son histoire est antérieure à son apparence exotique : le prince régent, futur George IV, fit d’abord transformer une résidence en pavillon de style néoclassique à la fin du XVIIIe siècle, sous la direction de Henry Holland. À partir de 1815, l’architecte John Nash entreprit une transformation beaucoup plus ambitieuse, achevée au début des années 1820. L’extérieur prit alors l’aspect spectaculaire qui fait la célébrité du monument, avec ses grands dômes, ses pavillons, ses tourelles et ses éléments évoquant l’architecture de l’Inde islamique. Les décors intérieurs associent également des références indiennes et chinoises à une ornementation très abondante.

Cette précision est importante pour comprendre le rapport entre Brighton et le néomauresque. Le Royal Pavilion n’est pas un édifice néomauresque homogène comparable à un bâtiment directement inspiré de l’Alhambra. Son apparence est souvent décrite comme exotique, indo-islamique ou indo-sarrasine, tandis que certains détails de son décor peuvent être rapprochés du goût néomauresque. La question des styles ne repose donc pas uniquement sur l’usage d’un motif isolé : elle tient aussi à la manière dont un édifice rassemble et réinterprète plusieurs traditions perçues, dans l’Europe du XIXe siècle, comme orientales.

La diffusion d’un langage architectural

Le néomauresque se diffuse au XIXe siècle dans le contexte plus large de l’orientalisme et du développement des styles néo-historicistes. Il apparaît dans des bâtiments qui recherchent une identité visuelle distincte de celle de l’architecture classique ou néogothique. Des synagogues européennes adoptent notamment ce vocabulaire, en partie parce que les architectes et leurs commanditaires souhaitent employer des formes associées à l’histoire juive de la péninsule Ibérique, même si les motivations varient selon les projets. La grande synagogue de Budapest, construite entre 1854 et 1859 sur les plans de Ludwig Förster, constitue un exemple connu du style mauresque ou néomauresque. Le courant se retrouve aussi dans des théâtres, des résidences et des édifices de loisirs. Dans ce paysage, Brighton témoigne moins d’une application stricte du néomauresque que de la fascination du XIXe siècle pour des formes architecturales venues d’horizons culturels multiples.

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