Premières fois dans l'histoire

Quel fut le premier État indépendant à abolir définitivement l’esclavage ?

La réponse

Haïti, en 1804, est généralement considéré comme le premier État indépendant à abolir définitivement l’esclavage, après la révolution haïtienne. La France l’avait aboli dans ses colonies dès 1794, mais le rétablit en 1802 avant son abolition définitive en 1848 ; la Grande-Bretagne l’abolit en 1833.

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Haïti est généralement considéré comme le premier État indépendant à avoir aboli définitivement l’esclavage. Cette situation résulte de la révolution menée dans la colonie française de Saint-Domingue, puis de la proclamation de l’indépendance le 1er janvier 1804. La distinction est essentielle : la France avait bien aboli l’esclavage dans ses colonies en 1794, mais cette mesure, prise alors que Saint-Domingue restait sous souveraineté française, fut remise en cause quelques années plus tard. Haïti associa donc l’abolition à la création d’un État souverain dirigé par une population majoritairement composée d’anciens esclaves.

De Saint-Domingue à l’indépendance

Le processus commence en août 1791, lorsque les esclaves de Saint-Domingue se soulèvent contre le système des plantations et l’ordre colonial. La révolte se transforme en une longue guerre, à laquelle participent également des libres de couleur et d’autres groupes de la société coloniale. En 1793, le commissaire civil français Léger-Félicité Sonthonax proclame l’abolition de l’esclavage dans la partie nord de la colonie. Le 4 février 1794, la Convention nationale étend cette abolition à l’ensemble des colonies françaises. Cette décision ne crée toutefois pas un État indépendant : Saint-Domingue demeure une colonie de la France. Après l’arrivée au pouvoir de Bonaparte, la France tente de rétablir son autorité et de remettre en place l’ordre colonial en 1802. La résistance, conduite notamment par Jean-Jacques Dessalines, aboutit à la défaite de l’expédition française et à la déclaration d’indépendance.

L’abolition devient un principe national

Le 1er janvier 1804, Jean-Jacques Dessalines proclame l’indépendance de l’ancienne colonie, qui prend le nom d’Haïti. À partir de cette date, l’abolition ne dépend plus d’un décret adopté par une puissance coloniale susceptible de le modifier : elle devient l’un des fondements du nouvel État. La Constitution haïtienne de 1805 le confirme explicitement en déclarant que l’esclavage est aboli pour toujours. Elle affirme également l’égalité des citoyens devant la loi. Cette rupture est d’autant plus importante que l’indépendance a été obtenue par une révolution victorieuse menée par des personnes qui avaient été réduites en esclavage, et non par une réforme accordée par le pouvoir colonial.

Une chronologie différente de celle des puissances européennes

Le cas haïtien se distingue de celui de la France et de la Grande-Bretagne. L’abolition française de 1794 fut annulée ou remise en cause dans plusieurs colonies à partir de 1802, avant l’abolition définitive dans les colonies françaises en 1848. La Grande-Bretagne adopta pour sa part l’abolition en 1833. Ces exemples montrent pourquoi la date de 1804 est retenue lorsqu’on cherche le premier État indépendant ayant supprimé définitivement l’esclavage : il ne s’agit pas seulement de déterminer quelle puissance a voté la première mesure abolitionniste, mais de savoir quel État souverain a durablement exclu l’esclavage de son ordre politique.

Une indépendance difficilement reconnue

La naissance d’Haïti ne fut pas immédiatement acceptée par les grandes puissances. En 1825, la France reconnut l’indépendance du pays en échange d’une indemnité imposée à l’ancien territoire colonial, initialement fixée à 150 millions de francs puis réduite en 1838. Cette dette pesa lourdement sur les finances haïtiennes et entretint une relation de dépendance avec l’ancienne puissance coloniale. Les États-Unis ne reconnurent officiellement Haïti qu’en 1862. Malgré cet isolement diplomatique et financier, l’État haïtien conserva le principe fondateur issu de la révolution : sur son territoire, l’esclavage ne fut pas rétabli. C’est cette combinaison entre indépendance politique et abolition durable qui donne à Haïti une place singulière dans l’histoire de l’abolition de l’esclavage.

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