Littérature

Quel événement a inspiré Mary Shelley pour écrire Frankenstein en 1818 ?

La réponse

Frankenstein a été inspiré par le défi lancé par Lord Byron à ses invités d’écrire une histoire de fantômes, lors de l’été 1816 à la villa Diodati, en Suisse. Cet été fut marqué par des conditions climatiques exceptionnelles, et les discussions sur le galvanisme ont également nourri l’idée du roman.

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L’inspiration immédiate de Frankenstein ou le Prométhée moderne remonte à l’été 1816, lorsque Mary Shelley séjourne en Suisse avec Percy Bysshe Shelley. Installé à la villa Diodati, près du lac Léman, Lord Byron lance à ses proches un défi littéraire : chacun devra écrire une histoire de fantômes. Le mauvais temps exceptionnel de cet été contraint souvent le groupe à rester à l’intérieur, favorisant les lectures, les conversations et les récits fantastiques. C’est dans ce contexte que Mary Shelley conçoit l’idée de son roman, publié en 1818.

Le défi lancé par Lord Byron

Au cours de l’été 1816, Lord Byron loue la villa Diodati, tandis que Mary Shelley et Percy Bysshe Shelley résident dans les environs et fréquentent son cercle. Parmi les personnes présentes figurent notamment le médecin John Polidori et Claire Clairmont. Les pluies et le froid, liés à des conditions climatiques inhabituelles en Europe après l’éruption du volcan Tambora en 1815, perturbent le séjour et limitent les promenades. Pour occuper ces journées souvent passées à l’abri, Byron propose à chacun d’écrire une histoire surnaturelle. Ce concours amical constitue l’événement directement associé à la naissance de Frankenstein : il offre à Mary Shelley le cadre et l’impulsion nécessaires pour transformer une idée inquiétante en projet littéraire.

Une atmosphère propice au fantastique

L’été 1816 est resté célèbre sous le nom d’« année sans été ». L’éruption du Tambora avait projeté dans l’atmosphère d’importantes quantités de matériaux volcaniques, contribuant à provoquer un refroidissement et un temps particulièrement instable dans plusieurs régions. En Suisse, ce climat crée une atmosphère de confinement qui nourrit l’imagination des écrivains réunis autour de Byron. Les histoires de fantômes, les récits gothiques et les discussions sur la peur, la mort et le surnaturel fournissent à Mary Shelley un environnement intellectuel particulièrement favorable. Le décor n’est donc pas l’unique origine du roman, mais il joue un rôle essentiel dans la transformation d’une soirée de divertissement en véritable expérience créatrice.

Le rôle des discussions scientifiques

Le défi littéraire s’inscrit aussi dans un contexte marqué par l’essor des recherches sur l’électricité et le vivant. Les expériences de Luigi Galvani, qui avaient montré qu’un courant électrique pouvait provoquer des contractions musculaires chez des grenouilles, avaient suscité de nombreux débats sur la nature de l’« électricité animale » et sur les rapports entre électricité et vie. Ces discussions sur le galvanisme nourrissent l’imaginaire du groupe et donnent une dimension scientifique au thème de la réanimation. Dans Frankenstein, Victor Frankenstein ne se contente pas de raconter l’apparition d’un être monstrueux : il met en scène un savant qui cherche à franchir la limite séparant la matière inerte de la vie. Mary Shelley associe ainsi le surnaturel du récit de fantômes aux interrogations scientifiques de son époque.

De la vision nocturne au roman

Mary Shelley a ensuite expliqué, dans une introduction rédigée pour une édition ultérieure, qu’une vision nocturne lui avait fourni l’image fondatrice de son histoire : celle d’un étudiant confronté à la créature qu’il a contribué à créer. Ce souvenir donne une forme précise à l’inspiration née du séjour suisse et du défi de Byron. Le roman ne reprend toutefois pas simplement une expérience scientifique réelle : il développe une fiction centrée sur la responsabilité du créateur, l’isolement de la créature et les conséquences d’une ambition qui prétend maîtriser les forces de la vie. L’événement de 1816 est donc à comprendre comme le point de départ d’un processus mêlant défi littéraire, climat exceptionnel, imaginaire gothique et discussions sur le galvanisme.

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