Quel événement a inspiré Mary Shelley pour écrire Frankenstein en 1818 ?
La réponse
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En 1816, un été sans soleil a marqué l’Europe et inspiré l’une des œuvres les plus célèbres de la littérature. Cet épisode climatique extrême, connu sous le nom d’« année sans été », a poussé un groupe d’amis, dont Mary Shelley, à se réunir près du lac Léman. C’est dans ce cadre que naquit Frankenstein, un roman qui allait révolutionner la science-fiction. Mais au-delà du cadre romantique, l’œuvre puise ses racines dans des découvertes scientifiques contemporaines, notamment celles qui cherchaient à percer les mystères de la vie et de la mort.
L’année sans été : un cadre historique et climatique
L’été 1816 restera dans l’histoire comme l’un des plus froids et pluvieux jamais enregistrés en Europe. Cette anomalie climatique, causée par l’éruption cataclysmique du volcan Tambora en Indonésie en avril 1815, a dispersé des cendres dans l’atmosphère, bloquant une partie des rayons du soleil. Les températures ont chuté, les récoltes ont été détruites, et des famines ont frappé le continent. En Suisse, où Mary Shelley séjournait avec son mari Percy Bysshe Shelley et leur entourage, les conditions étaient si rudes que les voyageurs ne pouvaient plus explorer les montagnes. C’est dans cette atmosphère de confinement que le groupe, réuni à la villa Diodati près de Genève, se retrouvait chaque soir pour lire des histoires de fantômes. Ce cadre oppressant a nourri l’imaginaire de Mary Shelley, qui y a puisé l’inspiration pour son roman.
Les expériences de Galvani : l’électricité et le rêve de la réanimation
Parmi les influences scientifiques qui ont façonné Frankenstein, les travaux de Luigi Galvani occupent une place centrale. Ce médecin et physicien italien, actif à la fin du XVIIIe siècle, avait découvert que l’électricité pouvait provoquer des contractions musculaires chez les grenouilles mortes. Ses expériences, publiées sous le titre De Viribus Electricitatis in Motu Musculari Commentarius en 1791, suggéraient que l’électricité était un principe vital capable d’animer la matière inerte. Ces idées, reprises et popularisées par des savants comme Alessandro Volta, ont nourri des débats animés sur la possibilité de redonner la vie à des cadavres. Mary Shelley, qui avait accès à ces discussions grâce à son entourage intellectuel, a intégré cette fascination dans son récit. Le savant Victor Frankenstein, obsédé par la création de la vie, incarne cette quête scientifique extrême, où la frontière entre la vie et la mort devient floue.
Les débats philosophiques sur la création de la vie
Au début du XIXe siècle, les questions autour de la génération spontanée et de la création artificielle de la vie étaient au cœur des débats scientifiques. Le biologiste italien Lazzaro Spallanzani avait démontré que la vie ne pouvait naître spontanément, contrairement aux théories aristotéliciennes. Parallèlement, des philosophes comme Erasmus Darwin, grand-père de Charles Darwin, spéculaient sur la possibilité de créer des organismes vivants en laboratoire. Ces spéculations, combinées aux avancées en chimie et en anatomie, ont créé un terreau fertile pour l’imagination de Mary Shelley. Dans Frankenstein, elle explore les conséquences morales et éthiques de ces ambitions scientifiques, interrogeant la responsabilité du créateur face à sa créature. Ce questionnement reste d’une actualité frappante, notamment dans les discussions contemporaines sur les biotechnologies et l’intelligence artificielle.
Le séjour en Suisse : un déclic littéraire dans un cadre romantique
Le séjour de Mary Shelley en Suisse en 1816 n’était pas seulement une conséquence du mauvais temps, mais aussi une étape clé de sa vie personnelle et intellectuelle. Elle et Percy Shelley y ont rencontré Lord Byron, avec qui ils partageaient un intérêt pour la littérature et la philosophie. Les soirées passées à lire des histoires de fantômes et à discuter de sujets aussi variés que la mort, l’immortalité et la nature de l’âme ont joué un rôle décisif. C’est lors de l’une de ces soirées que Lord Byron a suggéré à chacun d’écrire une histoire d’horreur. Mary Shelley, alors âgée de seulement 18 ans, a eu une vision nocturne qui lui a inspiré l’idée de Frankenstein. Cette expérience montre comment un contexte historique et personnel peut donner naissance à une œuvre majeure, où se mêlent science, philosophie et littérature.
L’héritage de Frankenstein : une œuvre entre science et fiction
Depuis sa publication en 1818, Frankenstein a traversé les siècles sans perdre de sa pertinence. Le roman a donné naissance à un mythe moderne, souvent réduit à l’image du monstre vert à la tête carrée, mais qui est en réalité bien plus complexe. Mary Shelley y interroge les limites de la science, les dangers de l’orgueil démesuré et les conséquences de jouer à Dieu. L’œuvre a inspiré des adaptations théâtrales, cinématographiques et littéraires, tout en influençant des domaines aussi variés que la bioéthique et la robotique. Aujourd’hui encore, Frankenstein est souvent cité comme un avertissement contre les dérives de la science, rappelant que chaque avancée technologique doit s’accompagner d’une réflexion éthique. Ce roman, né d’un été sans soleil et de débats scientifiques, reste ainsi un pilier de la culture populaire et intellectuelle.