Quel est le titre du célèbre poème humoristique de Charles Cros ?
La réponse
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Le célèbre poème humoristique de Charles Cros s’intitule « Le Hareng saur ». Son comique repose sur une situation aussi simple qu’incongrue : un hareng saur est suspendu à un mur, après l’intervention méthodique d’un personnage muni d’une échelle, d’un marteau, d’un clou et d’un cordon. Par son ton ludique, son goût de l’absurde et sa construction très visuelle, le texte est devenu l’une des œuvres les plus reconnaissables de la poésie humoristique française.
Une scène étrangement ordinaire
Le poème commence par la description d’un grand mur blanc et nu. Une échelle est dressée contre ce mur, tandis qu’un hareng saur repose au sol. Un personnage arrive alors avec les outils nécessaires pour l’accrocher : il plante un clou, fixe un long cordon et y suspend le poisson avant de repartir. Rien, dans cette action, ne présente d’utilité apparente ni de véritable enjeu narratif. C’est précisément cette disproportion entre la précision des gestes et la trivialité de leur résultat qui produit l’humour. Le lecteur assiste à une entreprise soigneusement organisée dont l’aboutissement est volontairement dérisoire.
Le pouvoir comique de la répétition
Charles Cros donne à cette scène un rythme particulier grâce aux répétitions. De nombreux mots ou groupes de mots sont repris, comme pour accompagner chaque étape de l’action et transformer le poème en une sorte de comptine. Les indications de taille, de longueur ou d’état reviennent avec insistance, tandis que certains sons évoquent directement les gestes accomplis. Cette répétition ralentit paradoxalement une action très brève et lui confère une solennité excessive. Le procédé crée un décalage entre la gravité apparente du récit et l’absurdité de ce qui est raconté.
Une fin qui explique le projet
Après le départ du personnage, le hareng reste suspendu et se balance au bout de son cordon. Le poème ne cherche pas à révéler un symbole caché ni à proposer une morale. Sa conclusion revendique au contraire le caractère volontairement simple de l’histoire : elle a été composée pour mettre en fureur les gens graves et amuser les enfants. Cette déclaration finale éclaire le fonctionnement du texte. Le plaisir vient de l’accumulation, de la scène impossible à justifier et de la liberté prise avec les attentes habituelles de la poésie.
Un poème à distinguer de l’« art pour l’art »
Le succès du « Hareng saur » tient donc avant tout à son humour, à son absurdité et à son efficacité rythmique. Il serait inexact d’en faire un manifeste de l’autonomie esthétique ou de le présenter comme l’origine de l’expression « l’art pour l’art ». Cette formule appartient à une autre histoire des idées littéraires et est notamment associée à Théophile Gautier ainsi qu’au mouvement parnassien. Le poème de Charles Cros peut être apprécié pour son inventivité et son caractère fantaisiste sans être rattaché artificiellement à cette doctrine. C’est son titre insolite et la petite scène qu’il met en mouvement qui ont durablement marqué les mémoires.
