Quel est le premier dictionnaire de la langue française, publié en 1694 ?
La réponse
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L’histoire de la langue française se confond souvent avec celle de ses outils de référence. Parmi eux, le Dictionnaire de l’Académie française occupe une place centrale, non seulement comme premier dictionnaire officiel du français, mais aussi comme témoin d’une volonté politique et culturelle majeure. Commandé sous le ministère du cardinal de Richelieu, ce projet reflète l’ambition de l’Ancien Régime de structurer un idiome encore en pleine évolution, tout en affirmant son prestige face aux autres langues européennes.
Un outil au service de la langue et du pouvoir
Le Dictionnaire de l’Académie française naît dans un contexte où le français, encore minoritaire face au latin dans les textes administratifs et religieux, cherche à s’imposer comme langue nationale. Richelieu, principal ministre de Louis XIII, impulse cette initiative en 1635 avec la création de l’Académie française, institution chargée de "fixer la langue". Le dictionnaire devient ainsi l’instrument concret de cette mission : il ne se contente pas de lister des mots, mais définit des usages, exclut les termes jugés trop régionaux ou vulgaires, et consacre une norme linguistique. Cette démarche, bien que critiquée pour son élitisme, pose les bases d’une langue unifiée, accessible aux élites et progressivement aux classes instruites.
Une genèse longue et controversée
La publication du dictionnaire en 1694 marque l’aboutissement d’un travail entamé plus de soixante ans plus tôt. Dès 1639, les académiciens, parmi lesquels des figures comme Chapelain ou Vaugelas, commencent à compiler des listes de mots et d’exemples. Cependant, les désaccords sur le choix des termes, leur orthographe ou leur définition ralentissent considérablement le projet. Les premières éditions manuscrites, circulant sous le sceau de l’Académie, suscitent déjà des débats : certains reprochent au dictionnaire son manque de modernité, tandis que d’autres lui reprochent son conservatisme. Ces tensions illustrent les enjeux politiques et culturels sous-jacents, où la langue devient un enjeu de pouvoir et d’identité nationale.
Un dictionnaire en perpétuelle réinvention
Contrairement à une idée reçue, le Dictionnaire de l’Académie française n’a jamais été un ouvrage figé. Dès sa première édition imprimée en 1694, il est révisé à plusieurs reprises, notamment en 1718, 1740, 1762, 1798 et 1835, pour intégrer de nouveaux mots et adapter ses définitions aux évolutions de la société. Cette capacité à se renouveler explique sa longévité exceptionnelle : il reste aujourd’hui le seul dictionnaire officiel de la langue française, publié sous l’égide de l’État. Les académiciens, toujours au nombre de quarante, continuent d’en superviser les mises à jour, bien que leur travail soit aujourd’hui complété par d’autres ouvrages de référence, comme le Trésor de la langue française ou les dictionnaires Larousse et Robert.
Un héritage linguistique et symbolique
Au-delà de son rôle pratique, le Dictionnaire de l’Académie française incarne une certaine vision de la langue : une langue policée, épurée des régionalismes et des emprunts jugés trop étrangers, mais aussi une langue vivante, capable d’évoluer sans se renier. Son influence s’étend bien au-delà des frontières hexagonales, inspirant des dictionnaires en Belgique, en Suisse ou au Canada. Pourtant, son caractère officiel et parfois perçu comme élitiste a aussi nourri des critiques, notamment de la part des écrivains ou des linguistes qui prônent une approche plus descriptive qu’impérative. Malgré ces débats, son statut unique en fait un symbole durable de la culture française, à la croisée de l’histoire, de la politique et de la littérature.