Quel est le premier avion à réaction civil de l'histoire ?
La réponse
En savoir plus
Le De Havilland Comet est le premier avion de ligne à réaction à avoir été exploité commercialement. Conçu au Royaume-Uni par la société de Havilland, il a effectué son premier vol en 1949 avant d’entrer dans le service régulier le 2 mai 1952. Ce jour-là, un Comet de la compagnie British Overseas Airways Corporation (BOAC) a inauguré une liaison entre Londres et Johannesburg. L’appareil ouvrait ainsi l’ère du transport aérien civil propulsé par turboréacteurs, avec la promesse de voyages plus rapides, plus confortables et moins soumis aux turbulences rencontrées à basse altitude.
Un avion conçu pour voler plus haut et plus vite
Le Comet 1 se distinguait nettement des avions de ligne à moteurs à pistons qui dominaient alors le marché. Il était équipé de quatre turboréacteurs de Havilland Ghost, intégrés dans les ailes, et non de moteurs Rolls-Royce Avon, utilisés sur des versions ultérieures comme le Comet 4. Sa cabine pressurisée lui permettait d’évoluer à haute altitude, où l’air est plus calme et la traînée réduite. L’appareil pouvait ainsi diminuer sensiblement la durée des trajets long-courriers. Sa capacité restait toutefois limitée : le Comet 1 était généralement aménagé pour environ 36 passagers, dans une cabine pensée pour offrir un niveau de confort élevé. Cette combinaison de vitesse, de silence relatif et de service à bord contribua à faire du premier Comet un symbole de modernité.
Des choix techniques novateurs
La silhouette du Comet reposait sur plusieurs solutions avancées pour l’époque. Ses ailes en flèche, inclinées d’environ 20 degrés, amélioraient son comportement à grande vitesse. Le fuselage pressurisé, indispensable à ses vols en altitude, était soumis à des variations répétées de pression à chaque cycle de vol. L’appareil comportait également des hublots dont les angles étaient relativement marqués, ainsi que des ouvertures nécessaires à l’aménagement de la cabine. Ces choix ne posèrent pas de problème immédiatement visible lors des premiers mois d’exploitation, mais ils introduisaient des concentrations de contraintes dans la structure. Le programme avait été développé avec la volonté de transposer au transport civil les progrès accomplis par les avions à réaction militaires pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les accidents et la découverte de la fatigue structurelle
Le succès initial fut interrompu par plusieurs accidents graves en 1953 et 1954. Deux appareils de la BOAC et de la South African Airways se désintégrèrent en vol en 1954, après un premier accident survenu l’année précédente. Les enquêtes finirent par établir que la cause était liée à la fatigue du métal : les cycles répétés de pressurisation fragilisaient progressivement la peau du fuselage, en particulier autour des angles des hublots et d’autres ouvertures. Les contraintes s’y concentraient davantage que ne l’avaient prévu les concepteurs, jusqu’à provoquer une rupture catastrophique. La flotte de Comet fut alors temporairement immobilisée et soumise à une réévaluation complète. Les travaux menés après ces accidents ont contribué à mieux comprendre la fatigue des structures pressurisées et à renforcer les exigences de certification applicables aux avions de ligne.
Une invention pionnière malgré un destin commercial difficile
Les versions suivantes furent profondément redessinées : les hublots adoptèrent une forme plus arrondie, la structure fut renforcée et les méthodes d’essai furent améliorées. Le Comet 2 et le Comet 3 participèrent à cette évolution, tandis que le Comet 4, doté notamment de turboréacteurs Rolls-Royce Avon, permit au programme de retrouver une place dans le transport commercial à partir de 1958. Entre-temps, les constructeurs américains Boeing et Douglas avaient développé des avions à réaction plus grands, ce qui limita la carrière commerciale du Comet. Malgré cet échec relatif, le modèle conserva une importance historique majeure : il avait démontré la faisabilité des vols réguliers à réaction et influencé durablement la conception des avions civils. Des appareils issus de la famille Comet sont ensuite restés utilisés dans des missions militaires jusqu’au début des années 1980, bien après la fin de leur domination dans le transport de passagers.
