Quel est le plus ancien matériau d’origine terrestre connu ?
La réponse
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Les plus anciens matériaux d’origine terrestre connus sont de minuscules cristaux de zircon découverts dans la région de Jack Hills, en Australie-Occidentale. Certains ont été datés d’environ 4,4 milliards d’années, soit très peu de temps après la formation de la Terre. Ces grains ne constituent pas les plus anciennes roches conservées dans leur ensemble, mais ils représentent les fragments terrestres les plus anciens que les chercheurs aient identifiés à ce jour. Leur intérêt tient autant à leur âge exceptionnel qu’aux informations qu’ils ont conservées sur la jeune planète.
Un âge mesuré grâce à l’uranium et au plomb
Le zircon est un minéral particulièrement résistant, composé notamment de zirconium et de silicium. Lorsqu’il se forme dans une roche en refroidissement, sa structure peut intégrer de l’uranium, tandis qu’elle contient très peu de plomb initial. Au fil du temps, les isotopes radioactifs de l’uranium se désintègrent en plomb. En mesurant les proportions de ces éléments, les géologues peuvent donc estimer le moment où le cristal s’est formé grâce à la datation uranium-plomb. Les grains de Jack Hills sont des zircons détritiques : ils se sont détachés de roches plus anciennes avant d’être incorporés à des sédiments et préservés dans une formation géologique plus récente. Leur âge, d’environ 4,4 milliards d’années, correspond à celui de leur cristallisation, et non à celui du dépôt qui les a finalement conservés.
Des témoins de la première croûte
À l’époque où ces zircons se sont formés, la Terre était encore dans une phase très précoce de son évolution. Leur existence montre qu’une partie de la croûte terrestre avait déjà refroidi et s’était solidifiée relativement tôt, même si la surface de la planète a ensuite été profondément remaniée par le volcanisme, les impacts et la tectonique. Les zircons sont ainsi des archives rares d’une période dont les roches originelles ont presque entièrement disparu. Leur composition chimique et isotopique fournit des indices sur les magmas dont ils sont issus, sur les échanges entre la croûte et le manteau, ainsi que sur les conditions physiques régnant dans la Terre primitive.
Les indices d’un environnement humide
Certaines analyses isotopiques de zircons de Jack Hills ont été interprétées comme les signes d’une interaction avec de l’eau à relativement basse température. Cette interprétation suggère que de l’eau liquide aurait pu intervenir dans des processus géologiques très tôt dans l’histoire terrestre, alors que la planète était encore âgée de moins de quelques centaines de millions d’années. Ces résultats ne constituent toutefois pas une photographie directe des premiers océans : les cristaux ont subi une histoire complexe et certaines mesures peuvent être affectées par des altérations ultérieures. Ils doivent donc être considérés comme des indices sur les conditions anciennes, plutôt que comme une preuve isolée et définitive de l’existence d’océans à cette date.
Un record qui reste à interpréter
La datation des zircons de Jack Hills a profondément renouvelé l’étude des débuts de la Terre. Elle indique que la formation d’une croûte solide et de milieux où l’eau pouvait intervenir a pu commencer bien plus tôt que ne le laissait penser l’absence presque totale de roches terrestres aussi anciennes. Ces cristaux ne prouvent ni la présence de continents pleinement constitués ni l’existence de la vie à leur époque. Ils offrent cependant le meilleur accès disponible aux premières conditions terrestres et permettent de reconstituer, par recoupement avec d’autres données géologiques, les étapes initiales du refroidissement et de la différenciation de la planète.
