Quel est le nom de la première souris informatique jamais créée ?
La réponse
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En 1963, un ingénieur visionnaire de l’Institut de recherche de Stanford, Douglas Engelbart, posait la première pierre d’une révolution technologique discrète mais majeure : la souris informatique. Ce périphérique, aujourd’hui omniprésent, doit son existence à une intuition simple mais géniale : permettre à l’utilisateur d’interagir avec une interface graphique de manière intuitive, en déplaçant un dispositif physique sur une surface plane. Pourtant, son invention initiale, à la fois rudimentaire et avant-gardiste, ne ressemblait en rien aux souris ergonomiques que nous connaissons aujourd’hui.
Une invention née dans un laboratoire californien
L’idée d’Engelbart émergeait dans un contexte où l’informatique était encore réservée à une élite scientifique, cantonnée à des terminaux textuels et des cartes perforées. C’est au sein du Stanford Research Institute (SRI), dans la Silicon Valley, qu’il conçut le prototype de la première souris. Fabriquée en bois, avec deux roues métalliques perpendiculaires et un seul bouton rouge, cette souris était bien loin des modèles optiques ou sans fil actuels. Son fonctionnement reposait sur le déplacement des roues, qui enregistraient les mouvements horizontaux et verticaux pour transmettre ces données à l’ordinateur. Engelbart et son équipe, dont William English, avaient imaginé un outil qui faciliterait la manipulation des fenêtres et des graphiques, une idée alors radicale.
Une démonstration historique en 1968
La souris d’Engelbart resta un prototype pendant cinq ans avant de connaître son heure de gloire. Le 9 décembre 1968, lors d’une conférence à San Francisco, il présenta pour la première fois en public son invention dans le cadre d’une démonstration spectaculaire. Baptisée The Mother of All Demos, cette présentation dura près de 90 minutes et révéla au monde plusieurs innovations majeures : la souris, mais aussi le concept d’hypertexte, de partage d’écran en temps réel et de collaboration à distance. Bien que le public fût composé principalement d’experts et de chercheurs, l’impact de cette démonstration fut immense. Elle préfigurait l’ère de l’informatique interactive et graphique, qui ne se concrétiserait que deux décennies plus tard avec l’avènement des interfaces utilisateur modernes.
Un objet méconnu aux origines industrielles
Contrairement à une idée reçue, la souris d’Engelbart ne fut jamais commercialisée en tant que telle. Elle resta un outil de laboratoire, utilisé principalement pour des projets de recherche comme le NLS (oN-Line System), un système pionnier de traitement de texte et de collaboration en ligne. Cependant, son principe de fonctionnement fut repris et amélioré par d’autres entreprises. En 1970, le SRI breveta l’invention, mais ce sont des sociétés comme Xerox, avec son centre de recherche PARC dans les années 1970, qui popularisèrent le concept en développant des souris plus pratiques et fiables. Ces évolutions menèrent directement à l’adoption massive de la souris par Apple dans les années 1980, puis par l’industrie informatique tout entière.
Un héritage technologique sous-estimé
Aujourd’hui, la souris d’Engelbart est souvent évoquée comme un symbole de l’innovation discrète mais profonde. Son design rudimentaire contraste avec les périphériques sophistiqués actuels, mais son principe de base — permettre à l’utilisateur de pointer, cliquer et manipuler des objets à l’écran — reste au cœur de l’informatique moderne. Engelbart lui-même minimisait souvent son invention, insistant sur l’importance du système global qu’il avait imaginé plutôt que sur un simple périphérique. Pourtant, sans cette première souris en bois, l’histoire de l’informatique aurait peut-être pris un tout autre tournant. Elle rappelle que certaines inventions, aussi modestes soient-elles en apparence, peuvent transformer durablement notre rapport à la technologie.