Mots français célèbres

Quel est l’un des plus anciens témoignages écrits en ancien français ?

La réponse

Les Serments de Strasbourg, datés de 842, comptent parmi les plus anciens textes conservés en ancien français.

En savoir plus

Datés de 842, les Serments de Strasbourg comptent parmi les plus anciens témoignages écrits conservés en ancien français. Ils occupent une place majeure dans l’histoire de la langue, car ils montrent qu’au IXe siècle une langue romane distincte du latin était déjà employée dans un acte politique de grande importance. Leur intérêt est à la fois historique, linguistique et documentaire.

Une alliance entre les petits-fils de Charlemagne

Les Serments sont prononcés le 14 février 842 à Strasbourg par Charles le Chauve et Louis le Germanique. Les deux frères s’allient contre leur frère Lothaire Ier, avec lequel ils se disputent l’héritage de l’Empire carolingien après la mort de leur père, Louis le Pieux. Pour rendre leur engagement compréhensible aux troupes de leurs alliés respectifs, Charles prête serment dans la langue de Louis, tandis que Louis le prononce dans celle de Charles. Les soldats répondent ensuite par leur propre serment. Cette organisation explique la présence de deux versions linguistiques dans le document : une variété romane, ancêtre du français, et une variété germanique, ancêtre de l’allemand.

Un témoignage sur l’évolution du latin vers le français

La partie romane des Serments n’est pas du latin classique. Elle présente déjà des formes et une organisation qui annoncent l’ancien français, même si la langue de 842 ne correspond pas encore exactement à celle des textes littéraires des siècles suivants. Elle témoigne de l’évolution progressive du latin parlé en Gaule vers les langues romanes. Certains traits lexicaux et grammaticaux s’éloignent du modèle latin, tandis que d’autres éléments rappellent encore fortement leur origine latine. C’est précisément cette position intermédiaire qui rend le texte si précieux pour les spécialistes de l’histoire du français.

Un texte conservé grâce à Nithard

Les Serments nous sont connus par le récit de Nithard, petit-fils de Charlemagne et témoin des événements. Nithard les a intégrés à son œuvre historique consacrée aux luttes entre les descendants de l’empereur. Le document original prononcé et écrit en 842 n’est pas parvenu jusqu’à nous sous sa forme initiale ; le texte a été transmis par des copies manuscrites ultérieures. Cette transmission n’enlève rien à son importance : elle permet de conserver les paroles attribuées aux deux souverains et d’observer concrètement la coexistence, dans l’Empire carolingien, de plusieurs traditions linguistiques.

Une étape, et non une naissance soudaine

Les Serments de Strasbourg ne constituent pas l’acte de naissance instantané du français. La transformation du latin en langues romanes s’est déroulée progressivement, sur plusieurs siècles, et la frontière entre latin tardif, langue romane et ancien français ne peut pas être définie par une seule date. Leur valeur est plutôt celle d’un jalon exceptionnellement ancien et bien documenté. Parce qu’ils associent un contexte politique identifiable à un texte dans une langue romane compréhensible par les contemporains, ils comptent parmi les premiers témoignages écrits de l’ancien français et occupent une place fondatrice dans l’histoire de la langue française.

CultureG.org