Quel code juridique, l'un des plus anciens connus, a été compilé sous le règne du roi babylonien Hammurabi vers 1750 av. J.-C. ?
La réponse
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Le Code de Hammurabi est le nom donné à une célèbre collection de décisions et de règles juridiques élaborée sous le règne de Hammurabi, sixième roi de la première dynastie de Babylone, vers 1750 av. J.-C. Il compte parmi les plus anciens recueils de lois conservés sous une forme relativement complète. L’expression « code » est toutefois moderne : le texte n’est pas organisé comme un code juridique contemporain, mais comme une succession de dispositions formulées pour la plupart selon un modèle casuistique, du type « si telle situation se produit, alors telle sanction s’applique ». Sa valeur historique tient autant à son contenu qu’à la manière dont le souverain y affirme son rôle de garant de la justice.
Une stèle au service du pouvoir royal
Le texte est gravé en écriture cunéiforme et en langue akkadienne sur une imposante stèle de pierre sombre, aujourd’hui conservée au musée du Louvre. La stèle a été retrouvée à Suse, dans l’actuel Iran, où elle avait été transportée dans l’Antiquité après une prise de guerre ; elle ne provient donc pas directement du lieu où elle fut initialement érigée. À son sommet, un relief représente Hammurabi face au dieu Shamash, divinité associée à la justice. La scène établit un lien entre l’autorité royale et l’ordre divin, sans signifier littéralement que le roi aurait reçu de la divinité l’intégralité des articles sous la forme d’un texte dicté. Un long prologue et un épilogue encadrent les dispositions juridiques et présentent Hammurabi comme le souverain chargé de faire régner l’équité.
Une collection de règles concrètes
Les quelque 282 dispositions traditionnellement dénombrées abordent de nombreux aspects de la vie sociale et économique babylonienne. Elles concernent notamment les litiges fonciers, l’irrigation, les loyers, les prêts, le commerce, le travail agricole, le mariage, le divorce, l’héritage, l’adoption, l’esclavage et les dommages corporels. Plusieurs articles décrivent aussi la responsabilité de professionnels, comme les constructeurs ou les médecins. Le texte ne constitue cependant pas un exposé exhaustif de toutes les règles appliquées dans le royaume : il rassemble surtout des cas particuliers et les sanctions ou compensations qui leur sont associées. Il renseigne donc à la fois sur certaines pratiques juridiques et sur l’idéal de justice que le roi souhaitait proclamer.
Une justice différente selon le statut social
La célèbre loi du talion apparaît notamment dans l’article 196, souvent résumé par la formule « œil pour œil, dent pour dent ». Cette règle ne s’applique pas uniformément à toute la population. Les sanctions varient selon la position juridique des personnes concernées, entre hommes libres de rang différent et personnes réduites en esclavage. Ainsi, une blessure infligée à un homme libre peut entraîner une peine corporelle, tandis qu’un dommage comparable subi par un esclave peut être compensé financièrement par le versement d’une somme liée à sa valeur. Le texte prévoit également, dans certains cas précis, de lourdes sanctions professionnelles : un chirurgien dont l’opération provoque la mort d’un homme libre peut être puni par l’amputation de la main. Ces dispositions montrent que la justice babylonienne reconnaissait la responsabilité individuelle tout en reposant sur une société profondément hiérarchisée.
Une source historique à interpréter avec prudence
Le Code de Hammurabi ne doit pas être présenté comme le premier texte juridique de l’histoire : des recueils mésopotamiens plus anciens, notamment les lois attribuées au roi Ur-Nammu, sont connus. Il demeure néanmoins l’un des plus célèbres et des mieux conservés parmi ces documents anciens. La stèle ne permet pas de savoir dans quelle mesure chaque disposition était appliquée quotidiennement, ni si elle constituait un manuel directement accessible à l’ensemble de la population. Elle associe en effet des règles concrètes à une mise en scène de l’autorité royale et divine. Son importance est donc majeure pour l’étude du droit, de l’administration et des rapports sociaux de la Babylonie ancienne, mais les rapprochements automatiques avec des codes juridiques beaucoup plus tardifs ou avec d’autres traditions doivent être établis avec prudence.
