Qu'est-ce que l'affaire du collier de la reine ?
La réponse
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L’affaire du collier de la reine est un scandale financier et judiciaire qui éclate en France en 1785, sous le règne de Louis XVI. Son originalité tient à un malentendu aux conséquences considérables : la reine Marie-Antoinette est accusée d’avoir voulu acheter à crédit un somptueux collier de diamants, alors qu’elle n’a jamais commandé le bijou ni participé à la fraude. L’affaire révèle les rivalités de la cour, les mécanismes d’une escroquerie et la fragilité de la réputation de la monarchie à la veille de la Révolution française.
Un bijou impossible à vendre
Le collier avait été conçu par les joailliers Charles Auguste Boehmer et Paul Bassenge. Ils avaient rassemblé une quantité exceptionnelle de diamants pour créer un bijou destiné à une grande dame de la cour. Le projet, très coûteux, ne trouva pas d’acquéreur après la mort de Louis XV en 1774. Les joailliers tentèrent ensuite de le vendre à Marie-Antoinette, mais la reine refusa. Le prix du collier, extrêmement élevé, était difficilement compatible avec les finances de la cour, et Marie-Antoinette n’en voulait pas. Malgré ce refus, le bijou resta au centre d’une escroquerie dans laquelle son nom fut utilisé sans son consentement.
Une fausse proximité avec la reine
La principale instigatrice de la fraude fut Jeanne de Valois-Saint-Rémy, qui se faisait appeler comtesse de La Motte. Descendante d’une branche illégitime de la famille royale, elle cherchait à s’imposer dans le monde de la cour et à obtenir de l’argent. Elle fit croire au cardinal Louis-René-Édouard de Rohan, prince de l’Église et grand aumônier de France, qu’elle jouissait de la confiance de Marie-Antoinette. Le cardinal souhaitait retrouver la faveur de la reine, avec laquelle les relations étaient mauvaises. La comtesse lui présenta de fausses lettres et organisa même une rencontre nocturne avec une femme qui imitait l’apparence de Marie-Antoinette. Convaincu qu’il pouvait désormais communiquer avec la souveraine, Rohan accepta de servir d’intermédiaire dans l’achat du collier.
La fraude et le procès
En 1785, Rohan signa avec les joailliers un contrat d’achat du collier, pensant agir pour le compte de la reine. Le bijou lui fut remis, puis transmis aux complices de la comtesse de La Motte, qui en firent démonter les diamants et tentèrent de les vendre. Les joailliers, ne recevant pas les paiements prévus, finirent par s’adresser directement à Marie-Antoinette. Celle-ci découvrit alors l’existence de la transaction et la nia catégoriquement. Rohan fut arrêté le 15 août 1785 à Versailles et incarcéré à la Bastille. Son procès devant le Parlement de Paris s’acheva en mai 1786 par son acquittement. Le cardinal n’en sortit toutefois pas indemne sur le plan politique : Louis XVI lui demanda de renoncer à ses fonctions et de se retirer de la cour. La comtesse de La Motte, quant à elle, fut condamnée pour son rôle dans l’escroquerie à la flagellation, au marquage au fer rouge et à la prison à perpétuité. Elle s’évada ensuite et gagna l’Angleterre.
Un désastre pour l’image de la monarchie
Marie-Antoinette n’a pas été jugée dans cette affaire et rien n’établit qu’elle ait participé à l’achat ou à la fraude. Pourtant, son nom se retrouva durablement associé au scandale. Les débats judiciaires, les pamphlets et les récits diffusés dans l’opinion publique contribuèrent à présenter la reine comme une femme dépensière, intrigante et indifférente aux difficultés du royaume. L’acquittement de Rohan fut également interprété comme un affront infligé à l’autorité royale, puisque le Parlement avait refusé de condamner le cardinal comme le souhaitait la cour. L’affaire du collier ne provoqua pas à elle seule la Révolution française, mais elle discrédita davantage Marie-Antoinette et, à travers elle, la monarchie. Elle devint ainsi l’un des scandales qui fragilisèrent le prestige de l’Ancien Régime avant 1789.
