Qu'appelle-t-on la Terreur pendant la Révolution française ?
La réponse
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La Terreur constitue l’un des épisodes les plus controversés et les plus analysés de la Révolution française. Entre l’automne 1793 et l’été 1794, cette phase de répression systématique s’impose comme une réponse radicale à la menace intérieure et extérieure qui pèse sur la jeune République. Portée par des figures comme Maximilien Robespierre et institutionnalisée par le Comité de salut public, cette politique de terreur d’État marque un tournant dans l’histoire révolutionnaire, où la défense de la liberté se heurte à la violence d’État.
Une réponse à la crise multidimensionnelle de 1793
En 1793, la France révolutionnaire est assiégée sur plusieurs fronts. À l’extérieur, les coalitions européennes menées par l’Autriche et la Prusse envahissent le territoire, tandis qu’à l’intérieur, des révoltes fédéralistes éclatent dans plusieurs régions, comme Lyon, Bordeaux ou Marseille. Les Girondins, modérés, ont été évincés du pouvoir après la chute de la monarchie en août 1792, laissant place à une radicalisation progressive. Dans ce contexte, la Terreur n’est pas seulement une répression aveugle : elle s’inscrit comme une stratégie délibérée pour sauver la Révolution menacée. Le décret du 5 septembre 1793, qui officialise la « Terreur à l’ordre du jour », en fait un instrument de gouvernement, justifié par la nécessité de « terroriser les ennemis de la liberté ».
Le Comité de salut public et l’appareil judiciaire révolutionnaire
Au cœur de cette politique se trouve le Comité de salut public, créé en avril 1793 et progressivement dominé par Robespierre, Saint-Just et Couthon. Ce comité, qui concentre des pouvoirs exécutifs exceptionnels, supervise une répression ciblée mais massive. Les tribunaux révolutionnaires, notamment celui de Paris, fonctionnent sans jury populaire et avec des procédures accélérées. Entre mars 1793 et août 1794, plus de 16 000 personnes sont condamnées à mort en France, dont près de la moitié à Paris. Les chefs d’accusation sont souvent vagues : « complot contre la liberté », « modérantisme » ou « fédéralisme ». Les exécutions, principalement par guillotine, deviennent un spectacle public, renforçant l’effet dissuasif recherché.
Les divisions au sein du camp révolutionnaire
La Terreur ne fait pas l’unanimité, même parmi les révolutionnaires. Les Hébertistes, radicaux extrêmes, accusent le gouvernement de mollesse et poussent à des mesures encore plus violentes, tandis que les Dantonistes, plus modérés, dénoncent l’escalade répressive. Robespierre, en éliminant tour à tour ces factions – hébertistes en mars 1794, dantonistes en avril –, renforce son emprise. Pourtant, cette stratégie divise profondément le camp jacobin. Certains, comme Camille Desmoulins, tentent de s’opposer à la dérive autoritaire, mais leur voix est étouffée. La Terreur révèle ainsi les contradictions internes d’un mouvement qui se voulait porteur d’idéal universel.
La fin de la Terreur et ses conséquences durables
Le 27 juillet 1794 (9 Thermidor an II), Robespierre est renversé lors d’un coup de force à la Convention nationale. Son arrestation et son exécution le lendemain marquent la fin officielle de la Terreur. Cependant, les violences ne cessent pas immédiatement : les prisons restent pleines, et des massacres continuent dans certaines régions. La chute de Robespierre ouvre une période de réaction thermidorienne, où les excès de la Terreur sont dénoncés, mais où la mémoire de la Révolution est désormais associée à ce paroxysme de violence. Historiens et philosophes, de Burke à Tocqueville en passant par Michelet, s’interrogent dès le XIXe siècle sur la légitimité d’un tel dérapage au nom de la liberté. Aujourd’hui encore, la Terreur reste un sujet de débat sur les limites de l’urgence révolutionnaire et le prix de la vertu politique.