Pourquoi Napoléon Bonaparte a-t-il envahi la Russie en 1812 ?
La réponse
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En juin 1812, Napoléon Bonaparte envahit la Russie parce qu’il veut contraindre le tsar Alexandre Ier à respecter le blocus continental, dispositif économique destiné à isoler le Royaume-Uni et à affaiblir son économie. Depuis plusieurs années, la Russie s’éloigne pourtant de cette politique, dont les effets pénalisent fortement ses propres échanges. Pour Napoléon, cette désobéissance menace toute sa stratégie européenne : si la Russie recommence à commercer avec les Britanniques, l’Empire français risque de perdre l’un de ses principaux moyens de pression sur Londres. La campagne de Russie est donc avant tout une opération de coercition politique et économique, même si elle s’inscrit aussi dans un ensemble plus large de rivalités entre les deux empires.
Le blocus continental contre le Royaume-Uni
Le blocus continental est mis en place par Napoléon à partir de 1806. Il interdit aux territoires contrôlés ou influencés par la France de commercer avec les îles Britanniques. L’objectif est d’empêcher le Royaume-Uni d’écouler ses produits en Europe et de l’empêcher d’utiliser ses ressources commerciales pour financer les coalitions formées contre la France. Après le traité de Tilsit, conclu en 1807, Alexandre Ier s’engage à participer à ce système et la Russie devient momentanément l’alliée de Napoléon. Mais cette alliance est fragile : l’économie russe dépend largement de ses exportations et de ses importations, et la fermeture des ports au commerce britannique provoque des difficultés pour les négociants et les producteurs russes. À partir de 1810, les autorités russes assouplissent donc l’application du blocus et autorisent de nouveau, directement ou indirectement, l’arrivée de marchandises britanniques par l’intermédiaire de navires neutres. Napoléon considère cette évolution comme une violation des engagements d’Alexandre Ier.
Une alliance devenue impossible
Le non-respect du blocus constitue le motif immédiat de l’invasion, mais il n’est pas la seule source de tension. Les relations entre Paris et Saint-Pétersbourg se dégradent également à propos de l’organisation de l’Europe orientale, notamment du duché de Varsovie, créé sous influence française sur des territoires polonais. La Russie redoute que Napoléon ne rétablisse un État polonais suffisamment puissant pour menacer ses frontières. De son côté, l’empereur français estime que le tsar profite de l’alliance sans en respecter les obligations et qu’il pourrait remettre en cause l’ordre européen imposé par la France. Napoléon espère alors qu’une démonstration militaire forcera Alexandre à revenir dans le système continental. Il ne prévoit pas nécessairement une occupation durable de l’immense territoire russe : il compte surtout obtenir rapidement une victoire ou une négociation qui rétablisse l’alliance et le blocus.
Une campagne conçue pour être rapide
Napoléon rassemble une armée multinationale considérable et franchit le Niémen en juin 1812. Son calcul repose sur les méthodes qui lui ont réussi dans plusieurs campagnes précédentes : rejoindre l’armée adverse, lui livrer une bataille décisive, la vaincre, puis imposer ses conditions politiques. Les forces russes refusent cependant de se laisser enfermer dans ce scénario. Elles se replient vers l’intérieur du pays, éloignent les troupes françaises de leurs bases et détruisent une partie des ressources utilisables par l’envahisseur. Cette stratégie de retrait et de terre brûlée ne signifie pas que les Russes évitent tous les combats, mais elle empêche Napoléon d’obtenir rapidement la capitulation espérée. Même après la bataille de Borodino, puis l’entrée des Français à Moscou, Alexandre Ier refuse de demander la paix. L’objectif politique de l’expédition n’est donc pas atteint.
La retraite et l’échec de l’invasion
L’armée française se trouve alors très loin de ses centres de ravitaillement, dans un territoire où les distances, le manque de nourriture et les maladies ont déjà réduit ses effectifs et son efficacité. Le repli, commencé à l’automne, devient catastrophique lorsque les températures chutent et que les routes sont difficiles à emprunter. Le froid joue un rôle majeur, mais il s’ajoute à l’épuisement accumulé, aux pénuries, aux maladies, aux pertes de chevaux et aux attaques des forces russes. La résistance russe et les conditions climatiques transforment ainsi une campagne destinée à punir Alexandre Ier en une défaite militaire majeure. La Grande Armée revient très affaiblie, et cet échec brise le prestige de Napoléon, encourage ses adversaires européens à reprendre la lutte et ouvre une nouvelle phase des guerres napoléoniennes.
