Pourquoi la fête de Thanksgiving est-elle célébrée aux États-Unis ?
La réponse
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En 1620, un groupe de colons anglais, les Pèlerins, débarque sur le continent américain à bord du Mayflower, cherchant à fuir les persécutions religieuses en Europe. Après un voyage éprouvant, ils accostent dans la baie du Massachusetts, où les conditions hivernales s’avèrent extrêmement difficiles. Près de la moitié des passagers ne survivent pas à cette première année, et les survivants doivent leur salut à l’aide des Amérindiens de la tribu Wampanoag, qui leur enseignent les techniques de culture du maïs et de chasse dans ce nouvel environnement. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’origine de Thanksgiving, bien que les détails de cet événement restent partiels et parfois controversés.
Une alliance fragile et une célébration méconnue
Les relations entre les colons et les Wampanoag, initialement marquées par une méfiance mutuelle, évoluent vers une forme de coopération après que le chef Massasoit ait signé un traité d’alliance avec les Pèlerins en mars 1621. Cet accord, l’un des rares entre Européens et Amérindiens à ne pas avoir dégénéré en conflit immédiat, permet aux colons de survivre grâce aux connaissances agricoles des autochtones. Le repas partagé à l’automne 1621, souvent présenté comme le premier Thanksgiving, est en réalité un événement modeste : il dure trois jours et réunit environ 90 Amérindiens et 53 colons. Contrairement à la légende, il n’y a pas de dinde rôtie ni de tarte à la citrouille, ces plats n’étant pas encore des éléments centraux des traditions culinaires de l’époque. Les archives historiques, notamment les écrits du colon Edward Winslow, mentionnent plutôt des gibiers comme le canard sauvage, le cerf ou les oiseaux aquatiques, accompagnés de maïs, de fruits secs et de fruits de mer.
L’évolution d’une fête régionale vers une tradition nationale
Pendant près de deux siècles, Thanksgiving reste une célébration locale, principalement observée dans certaines colonies de la Nouvelle-Angleterre. Ce n’est qu’en 1863, en pleine guerre de Sécession, que le président Abraham Lincoln proclame Thanksgiving comme une fête nationale, dans l’espoir de favoriser l’unité du pays. Cette décision s’inscrit dans une stratégie politique visant à apaiser les tensions entre le Nord et le Sud, tout en s’appuyant sur une tradition perçue comme un symbole de paix. Cependant, la date fixée par Lincoln, le dernier jeudi de novembre, ne sera pas immédiatement adoptée par tous les États. Ce n’est qu’en 1941, sous la présidence de Franklin D. Roosevelt, que le Congrès officialise définitivement le quatrième jeudi de novembre comme date de célébration nationale, après des années de débats sur les avantages économiques d’une célébration plus précoce pour les commerçants.
Les traditions culinaires : entre mythes et réalités
Les plats emblématiques de Thanksgiving, comme la dinde rôtie et la tarte à la citrouille, se sont imposés progressivement au fil du XIXe siècle, sous l’influence des magazines et des recettes culinaires de l’époque. La dinde, bien que présente dans les forêts américaines, n’était pas un mets courant à l’époque des Pèlerins. Son association avec Thanksgiving s’explique en partie par son abondance dans les fermes américaines et par sa taille, qui en faisait un plat idéal pour nourrir de grandes familles. Quant à la tarte à la citrouille, elle est devenue un symbole de la fête grâce à sa popularité dans les recettes de cuisine domestique du début du XXe siècle. Ces traditions culinaires, bien que récentes, ont contribué à forger l’image romantisée d’un repas de partage et de gratitude, occultant parfois les réalités historiques plus complexes.
Thanksgiving et les Amérindiens : une mémoire contestée
Si Thanksgiving est aujourd’hui présenté comme une fête de réconciliation, cette interprétation est largement contestée par les Amérindiens et les historiens. Pour de nombreuses tribus, cette célébration est perçue comme une célébration de la colonisation et de la spoliation des terres autochtones. Dès le XIXe siècle, des militants comme Sarah Winnemucca, une femme autochtone de la tribu Paiute, dénoncent la manière dont Thanksgiving ignore le génocide et les violences subis par les peuples amérindiens. Aujourd’hui, certaines communautés autochtones organisent des marches ou des journées de deuil le quatrième jeudi de novembre, tandis que d’autres préfèrent se réapproprier la fête en mettant en avant des plats traditionnels de leurs cultures. Cette remise en question reflète une prise de conscience croissante des inégalités historiques et contemporaines entre les communautés.