Questions de logique

Comment fonctionne le raisonnement par l'absurde en logique ?

La réponse

Le raisonnement par l'absurde consiste à prouver qu'une proposition est vraie en montrant que son contraire conduit à une contradiction ou à une absurdité. Par exemple, pour prouver qu'il n'existe pas de plus grand nombre premier, on suppose d'abord l'inverse (qu'il en existe un) et on aboutit à une contradiction, ce qui valide la proposition originale.

En savoir plus

Le raisonnement par l’absurde, aussi appelé réduction à l’absurde, est une méthode de démonstration indirecte. Pour établir qu’une proposition est vraie, on commence par supposer qu’elle est fausse, puis on examine les conséquences de cette hypothèse. Si ces conséquences conduisent à une contradiction logique, l’hypothèse de départ ne peut pas être correcte : c’est donc la proposition initiale qui est retenue. La contradiction doit être véritable, par exemple l’obtention simultanée d’une affirmation et de sa négation, et non une simple conclusion surprenante ou contraire à l’intuition.

Les étapes du raisonnement

La structure générale de cette méthode est simple. Pour démontrer une proposition

, on suppose non-

. On déduit alors, en suivant des règles logiques valides, une contradiction, souvent notée « faux ». Comme l’hypothèse non-

mène à une impossibilité, elle est rejetée et

est établie. Ce raisonnement s’appuie sur les principes de la logique classique, notamment l’idée qu’une proposition et sa négation ne peuvent pas être vraies en même temps. Il ne suffit toutefois pas d’affirmer que l’hypothèse paraît absurde : il faut montrer précisément quelle conséquence incompatible avec les faits, les définitions ou les règles admises est obtenue.

L’exemple des nombres premiers

La démonstration de l’infinitude des nombres premiers illustre clairement cette méthode. Supposons, contrairement à ce que l’on veut établir, qu’il n’existe qu’un nombre fini de nombres premiers, que l’on peut noter p1, p2, jusqu’à pn. Formons le nombre N en multipliant tous ces nombres, puis en ajoutant 1 : N = p1 × p2 × … × pn + 1. Lorsque N est divisé par l’un des nombres premiers de la liste, le reste est 1 ; aucun de ces nombres ne divise donc N. Or tout entier supérieur à 1 possède au moins un diviseur premier. N possède ainsi un diviseur premier qui ne figure pas dans la liste, ce qui contredit l’hypothèse selon laquelle la liste contenait tous les nombres premiers. Il est donc impossible qu’il existe un plus grand nombre premier : il y en a une infinité.

Une preuve indirecte, et non une simple intuition

Le raisonnement par l’absurde se distingue d’un raisonnement direct. Dans une preuve directe, on part des hypothèses pour construire progressivement la conclusion. Dans une preuve par l’absurde, on explore au contraire le contraire de la conclusion et l’on montre qu’il ne peut pas être maintenu sans contradiction. Cette méthode peut aussi être utilisée pour démontrer qu’un objet mathématique n’existe pas ou qu’une propriété est nécessaire. Par exemple, pour montrer qu’une certaine hypothèse sur un nombre est impossible, on peut en déduire deux propriétés incompatibles. La force de la démonstration vient alors de la chaîne d’inférences, et non du caractère étonnant de la conclusion.

La portée et les limites de la méthode

Cette forme de raisonnement est pleinement admise en logique classique et dans la plupart des mathématiques usuelles. Elle ne fournit cependant pas toujours une construction explicite de l’objet recherché : elle peut établir qu’une existence est nécessaire sans indiquer directement comment produire cet objet. Les approches intuitionnistes accordent donc une place plus limitée à certaines formes de raisonnement par l’absurde, car elles privilégient les preuves constructives. Dans tous les cas, la méthode exige de distinguer une contradiction logique d’une conséquence seulement improbable, et de vérifier chaque étape de la démonstration. Une hypothèse n’est pas réfutée parce qu’elle semble étrange, mais parce qu’elle entraîne une impossibilité démontrée.

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